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Le Hirak /Mouvement

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5 septembre 2017

Fatima Ahmed Ibrahim

Qui connait Fatima Ahmed Ibrahim, " Première soudanaise élue au parlement en 1965, Fatima Ahmed Ibrahim, féministe et communiste, a œuvré toute sa vie en faveur des droits des femmes et remporté de nombreuses victoires politiques. Elle s’est éteinte, le 12 août dernier, dans un silence lourd de sens."

Texte mis en ligne par TV5monde

Soudan : Fatima Ahmed Ibrahim, féministe, communiste et musulmane, partie en silence

Fatima Ahmed Ibrahim, première femme élue au Parlement soudanais, est décédée le 12 août 2017.
Fatima Ahmed Ibrahim, première femme élue au Parlement soudanais, est décédée le 12 août 2017.
(c) Capture d'écran vidéo Youtube AlJazeera

Première soudanaise élue au parlement en 1965, Fatima Ahmed Ibrahim, féministe et communiste, a œuvré toute sa vie en faveur des droits des femmes et remporté de nombreuses victoires politiques. Elle s’est éteinte, le 12 août dernier, dans un silence lourd de sens.
 

Comme trop souvent encore, un écart infini sépare l’immense œuvre accomplie par des femmes et leur niveau de notoriété. La disparition de Fatima Ahmed Ibrahim vient nous le rappeler. Pionnière dans la lutte pour le droit des femmes au Soudan, elle est décédée, le 12 août 2017 à Londres, à l’âge de 88 ans dans un silence assourdissant.
 
Yves-Gonzales Quijano enseignant-chercheur à l’université Lumière Lyon 2 – GREMMO n’a pas manqué de le souligner sur son blog. « Alors qu’en Grande-Bretagne, le Guardian et le Times lui ont chacun consacré une longue nécrologie, écrit-il, on ne trouve pas une ligne dans la presse francophone – si j’en crois Google – pour évoquer la Soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim (…) » Il n'a pas été « aisé » pour ce chercheur de rédiger une biographie sur cette figure du féminisme, tant le peu de sources existantes sur elle, essentiellement en langues arabe et anglaise, sont ténues. Pour lui « cette absence totale d’intérêt pour l’une des plus grandes féministes arabes du XXe siècle en dit long sur le sérieux de ceux et celles qui prétendent si souvent s’intéresser au sort des « malheureuses femmes voilées ».

Activiste précoce, alliant féminisme et foi 

Dans son article publié sur le site sudantribune.com, Magdi El Gizouli,
rapporte cette déclaration de Fatima Ahmed Ibrahim qui résume sa vision du féminisme et le combat qui sera le sien : « L'émancipation ne signifie pas se débarrasser de nos bonnes traditions et valeurs nationales, ou que les femmes soudanaises deviennent une autre copie de la femme occidentale. C'est lutter contre l'analphabétisme, la maladie, le chômage, la pauvreté et la discrimination au sein du foyer et dans la société. L'égalité ne signifie pas que les femmes soudanaises deviennent une autre copie de l'homme. Cela signifie que les femmes soient complètement égales aux hommes dans les droits et dans la prise de décision à tous les niveaux. Les hommes, en tant qu' hommes ne sont pas responsables de la discrimination à l'égard des femmes. La plupart d'entre eux sont également exploités et discriminés. Pour cela, les femmes et les hommes devraient travailler ensemble pour aboutir aux changements sociaux qui préservont la démocratie, fondée sur la justice sociale et les droits de l'homme ». Pour lui, « elle avait un rêve d'émancipation collective, un rêve communiste.»

Fatima Ahmed Ibrahim est née en 1929 selon ses proches (1934 d'après l'inscription à l'Etat civil) à Omdurman, la plus grande ville du Soudan, située en face de la capitale Karthoum. Elle occupe la quatrième place d’une fratrie de huit enfants. Ses parents étaient instruits, sa mère a en effet suivi une scolarité et son père était enseignant et imam. Son engagement en faveur des femmes survient tôt. Dès le lycée, elle crée un journal intitulé « Elra'edda » (La pionnière) pour se dresser contre le gouvernement colonial britannique de l’époque. Elle signera sa première victoire en menant une grève contre l’annulation des cours de sciences pour les filles. Et à 14 ans tout juste, elle fonde l’Associations des femmes intellectuelles toujours dans l’idée de défier la domination coloniale. Elle poursuivra ce travail en écrivant sous pseudonyme dans la presse locale.
 
On a décidé d'apprendre l'Islam pour montrer aux fondamentalistes que cette religion ne contenait pas l'exploitation de la femme.

Fatima Ahmed Ibrahim 
A l'orée de la vingtaine, elle co-fonde l’Union des femmes du Soudan, qu’elle présidera en 1956. «Notre première revendication a été de demander des droits politiques pour la femme car nous pensions - avec raison - que tout découlerait de là, confie-t-elle dans l’Humanité. Au nom du Coran, on nous les refusait. Alors, on a décidé d'apprendre l'Islam pour montrer aux fondamentalistes que cette religion ne contenait pas l'exploitation de la femme.» Elle milite alors pour les droits civiques, l'égalité salariale et le congé maternité, l'éradication de l'analphabétisme chez les femmes, le droit des femmes à intégrer tous les corps de métiers et l'abrogation de la loi obligeant les femmes victimes de violences conjugales à retourner auprès de leur mari. 

Cumuler les victoires politiques 

Deux ans plus tard, en 1954, elle exerce comme rédactrice en chef de son magazine, Sawt al-Mara (Voix des femmes). Une publication qui favorise l’empowerment féminin et qui aura un poids dans la révolution. La même année, elle devient membre du parti communiste soudanais. 

Après la révolution d'octobre 1964, qui a abattu le régime d'Abbou  - arrivé à la suite d’un putsch militaire en 1958 et contre qui la féministe s’était dressée - les femmes gagnent le droit de vote et de se présenter aux élections. En 1965 Fatima Ahmed Ibrahim devient alors la première femme élue députée. Elle accomplira en quelques années ce que d’autres ont accompli en plus d’un demi-siècle.

En 1968, la plupart des droits pour lesquels elle s'était battue ont été adoptés : le droit pour les femmes de travailler dans n'importe quel domaine, l'égalité salariale, l’accès à l'enseignement supérieur pour les filles, le droit à des congés maternité rémunérés. « Fatima était une figure de premier plan, confirme Ibrahim Elnur, professeur au département de sciences politiques de l'Université américaine du Caire. Mais toute une génération de femmes instruites s'engageaient dans une lutte anti-coloniale obligeant même la droite conservatrice à faire de l'espace pour les femmes dans leurs organisations, y compris les Frères musulmans. Ce rôle de premier plan des femmes au Soudan explique pourquoi les droits politiques des femmes étaient bien avancés.​»

Une partie de la jeunesse lui a rendu un dernier hommage via Twitter où les posts certes émouvants sont bien peu nombreux au regard du long combat qu’elle a mené. 

L'une écrit en un jeu de mot, ou un lapsus, son admiration aimante :"Rest in power, - repose au pouvoir -  Fatima Ahmed Ibrahim. Tu as construit un nouveau chemin pour les femmes. C'est bon pour nous que ce fut toi." "RIP… Fatima Ahmed Ibrahim… Première femme soudanaise à être entrée au parlement et à nous ouvrir le chemin à tous les niveaux", rappelle une autre.

« Fatima était bien reconnue, assure Ibrahim Elnur. Mais sa disparition de l'espace politique et, en particulier, celle de la gauche, explique peut-être en grande partie la raison pour laquelle les nouvelles générations ne se rappellent guère les antécédents dynamiques des années 1960 et 1970.»

Ces extrémistes islamiques ne sont que des parasites. Ils prétendent gouverner en faveur de Dieu et pourtant ils ne font que s'enrichir eux-mêmes
Fatima Ahmed Ibrahim

En 1969, alors que Jaafar Nimeiri renverse le gouvernement en place et rompt une brève alliance avec les communistes, il ordonne plusieurs exécutions. Parmi, les exécutés, il y aura le syndicaliste Alshafie Ahmed Alshiekh, le mari de Fatima, rencontré au parti communiste et qui avait refusé un poste dans les rangs de Nimeiri. Refus qu'il a payé au prix de sa vie.

Exilée au Royaume-Uni

Comme l'écrit The Guardian, Fatima Ibrahim passe les années suivantes, en résidence surveillée ou en prison, jusqu’au renversement de Nimeiri en 1985. Mais en 1989, un autre coup d'Etat, d'Omar al-Bashir cette fois, installe une dictature militaire qui a pour effet de démanteler violemment la société civile et de réduire à néant les acquis des femmes. Fatima Ibrahim est encore arrêtée. En 1990, elle finit par obtenir l'asile en Grande-Bretagne. Elle y rejoindra son fils unique, Ahmed, médecin, tout en continuant à militer. Elle emploiera son énergie à fonder une branche londonienne de l'Organisation des femmes soudanaises. La femme pieuse poursuivra sa lutte contre le fondamentalisme. Elle dit, comme le rapporte le Times que « ces extrémistes islamiques ne sont que des parasites. Ils prétendent gouverner en faveur de Dieu et pourtant ils ne font que s'enrichir eux-mêmes» . 
 
En 1993, l’ONU lui remet le prix des droits de l’Homme. Autrice de plusieurs livres, elle retourne au Soudan en 2005 et est à nouveau élue au parlement. En 2006, elle reçoit une seconde récompense, le prix Ibn Rushd pour la liberté de pensée. Elle abandonnera, un an plus tard, la vie politique. Affaiblie par un grave diabète, elle est décédée dans une petite chambre londonienne, entourée de photographies de son époux et d'ornements soudanais.
 

 

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4 septembre 2017

Arrestation de Salah Hamouri

Dans la nuit du 23 août, le jeune franco-palestinien, Salah Hamouri a été arrêté par l'armée d'occupation à Jérusalem-Est où il réside avec sa compagne Elza.

Les autorités françaises et les médias continuent à ignoré le sort réservé à ce militant palestinien par l'armée d'occupation. Seuls " Les internautes, souvent soutiens de longue date du militant, s'emploient à partager cette information inquiétante." Quelques médias en parlent dont l'Humanité mobilisé de longue date pour apporter son soutien à Salah et demander l'intervention des autorités françaises pour libérer le jeune franco-palestinien détenu arbitrairement par l'armée d'occupation israélienne.

l'Humanité.fr propose en accès libre et en exclusivité le documentaire de Nadir Dendoune: "L'affaire Salah Hamouri"

Le 23 août dernier, trois jours après avoir obtenu son diplôme d'avocat, Salah Hamouri, un Franco-Palestinien de 32 ans a été une nouvelle fois arrêté par l'armée israélienne à son domicile de Jérusalem. Ce mardi 29 août, un tribunal militaire, illégal au regard du droit international, a décidé de le placer en détention administrative pour une durée de six mois.

1 septembre 2017

Conspiration contre Al-Aqsa

Le 14 juillet, trois jeunes hommes de Umm Al-Fahm ont tiré à l’intérieur du site Al-Aqsa, tuant trois officiers de police. Une fusillade a éclaté ensuite entre les trois palestiniens et les forces d’occupation israéliennes et s’est achevée par la mort des jeunes palestiniens.

Comme à leur habitude, la majorité des médias français, reprenant une dépêche de l'AFP, ont qualifié immédiatement cet acte "d'attaque au poteniel explosif" (libé), attaque commise par trois"trois assaillants (tuant) deux policiers israéliens dans la vieille ville de Jérusalem avant d'être abattus" (France 24, Rtl, le Monde, 20 minutes, la Croix etc). Le même implicite caractérise ces unes des journaux français:"les terroristes palestiniens, des agresseurs arabes etc, ont tué des policiers innocents à proximité de la vieille ville de Jérusalem"; D'après ces médias, "cette attaque est un coup dur pour les services de renseignement et de sécurité israéliens" car "les assaillants sont des arabes israéliens identifiés comme des membres de la même famille, et n'avaient aucun antécédent ni casier judiciaire."

Ce qui frappe de ces commentaires, ce sont le manque d'interrogation sur les motivations des "assaillants", l'absence d'analyse de la situation de Jérusalem occupée : assassinats quotidiens de Jérusalémites par les soldats et les forces de sécurité israéliens, les pratiques agressives de la police armée contre les Jérusalémites, des intrusions répétées dans la mosquée Al-Aqsa et des provocations quotidiennes des fidèles à l'intérieur du site etc. Y a-t-il un autre lieu de culte, n'importe où dans le monde, qui permet à des soldats loudement armés d'y déambuler et de provoquer les sentiments des fidèles comme ça ?" s'interroge le Dr Inas Abad, chercheuse en sciences politiques, conférencière et militante politique à Jérusalem-Est. (Article publié sur le site web Middle East Eye le 28 juillet 2017).

La tentative d'Israël d'empêcher les fidèles d'accéder à la mosquée en fermant l'esplanade des mosqués et en annulant la prière du vendredi, l'installation de portiques électroniques dont l'objectif est d'habituer les fidèles à être fouillés, comme ils le sont aux checkpoints, dans les hopitaux, les centres commerciaux,, les bureaux de l'assurance maladie ou de la poste et maintenant à la mosquée Al-Aqsa..."

Ces actes de l'Etat colonial ont poussé les palestiniens à Jérusalem " à repenser et à relancer notre lutte en tant que palestiniens. c'est le moment de reconquérir nos droits, peu importe la position de nos dirigents qui nous ont maintes fois laissé tomber." Inas Abad.

Les bonnes âmes politico-médiatiques et les soutiens de l'Etat colonial, ne manqueront pas à crier à la théorie du complot. Mais ce n'est pas la première fois que l'on parle de  conspiration contre la mosquée Al-Aqsa, Charle Anderlin, ancien correspondant  de France 2 avait fait un film documentaire sur la question. A voir ici

https://www.youtube.com/watch?v=pmNGwtGCraw.

Voici un autre texte de Dan Cohen qui analyse les réactions des médias et des hommes politiques israéliens et surtout le "rôle joué par des colons fanatiques dans l'intention de s'approprier le contôle de l'anceinte de Al-Aqsa, à Jérusalem-Est occupée, et de finalement la détruire, conformément à leur vision apocalyptique."

Voici les dirigeant.es israélien.nes qui veulent détruire Al Aqsa

Publié le 29 août 2017 | sur le blog « Entre les lignes entre les mots »

Depuis la fusillade du 14 juillet aux abords de l’enceinte d’al-Aqsa, fusillade qui s’est soldée par la mort de trois citoyens palestiniens d’Israël et de deux policiers israéliens, les médias israéliens se sont longuement concentrés sur l’infamie universelle consistant à perpétrer une agression dans un lieu saint et ce, tout en louant les punitions collectives infligées par le Premier ministre Benjamin Netanyahou à la population palestinienne.

« Ce sont eux les semeurs de discorde », écrivait le chroniqueur de Yedioth Ahronot, Ben-Dror Yemini : « Ils compromettent la lutte justifiée pour l’égalité. Ils sèment des mensonges et entretiennent l’incitation à la violence. Dans notre intérêt et dans le leur, les Arabes d’Israël devraient également se débarrasser de cette nuisance. »

« Netanyahou et [le dirigeant de l’AP Mahmoud] Abbas ont tous deux agi de façon responsable pour empêcher une guerre sainte ; mais la condamnation d’Israël par le monde arabe est un motif d’inquiétude », disait le sous-titre d’une analyse de Barak Ravid, dans Haaretz.

Ce qui manque dans les commentaires de toute la presse, c’est la moindre reconnaissance du rôle joué par des colons fanatiques dans l’intention de s’approprier le contrôle de l’enceinte Al Aqsa, à Jérusalem-Est occupée, et de finalement la détruire, conformément à leur vision apocalyptique.

L’enceinte, connue des musulmans sous le nom de Haram al-Sharif et des juifs sous celui de mont du Temple, comprend la mosquée Al Aqsa et le dôme du Rocher. C’est l’un des sites musulmans les plus sacrés du monde et c’est en même temps une pierre angulaire de l’identité palestinienne.

Changement de donne

Les Israéliens qui cherchent à reprendre Al Aqsa perçoivent l’agression du 14 juillet et la violence qui a suivi comme une occasion de hâter cet agenda. Immédiatement après l’incident, le corps officiel du mouvement du Temple a publié une déclaration appelant à expulser les Palestiniens de l’enceinte : « Nous devons libérer le mont du Temple de l’Islam assassin et le rendre au peuple d’Israël. »

« Nous envisageons la construction du Temple cette année et nous espérons que vous verrez bientôt le visage de notre Messie légitime », écrivait la semaine dernière Baruch Marzel, l’un des dirigeants les plus extrémistes parmi les colons israéliens de Cisjordanie, dans une lettre ouverte adressée au mufti de Jérusalem – la plus haute autorité musulmane de la ville.

Bezalel Smotrich, un député du parti Foyer juif, ne veut même pas attendre aussi longtemps ; « J’érigerais une synagogue sur le mont du Temple aujourd’hui, ce matin même », a-t-il déclaré lundi.

Sous protection militaire israélienne, ces colons et extrémistes sillonnent le site quotidiennement, dans l’espoir de provoquer les réactions violentes des fidèles palestiniens en hurlant et chantant des hymnes nationalistes.

Cela fournit alors aux forces d’occupation le prétexte nécessaire pour appliquer des mesures musclées, dans le but final d’expulser les non-juifs et de remplacer les lieux saints musulmans sur place par un temple juif, donc de déclencher un choc de civilisation avec l’Islam.

La semaine dernière, Yehuda Glick, longtemps dirigeant du mouvement du Temple et aujourd’hui député pour le Likoud, accueillait favorablement l’interdiction par Israël à tout musulman de pénétrer sur le site d’al-Aqsa durant les jours qui ont suivi les coups de feu.

« Ceci constitue un énorme changement de donne », a-t-il déclaré. « Tout fait partie du processus de rédemption, mais les choses qui se produisent au mont du Temple en font particulièrement partie. »

« Les musulmans radicaux qui souillent de sang la sainteté du mont du Temple, le lieu le plus saint du peuple juif, n’ont pas le droit de se trouver en ce lieu », ont expliqué Glick et Shuli Moalem-Refaeli, du parti Foyer juif.

La semaine dernière, Glick a organisé une réunion d’urgence du mouvement du Temple dans le bâtiment même de la Knesset, le parlement israélien. Parmi les personnes présentes figuraient l’avocat du génocide, le rabbin Yisrael Ariel, et Bentzi Gopstein, dirigeant du mouvement de jeunesse Lehava contre le métissage.

Une idéologie génocidaire

Yisrael Ariel, le principal rabbin du mouvement du Temple, avait annoncé en 2015 un scénario apocalyptique de la fin des temps.

« [Dieu] et lui seul nous a commandé d’aller de ville en ville et de les conquérir, et d’imposer les sept lois [des Fils de Noé] dans le monde entier », avait dit Ariel.

Et d’ajouter que si les musulmans et les chrétiens « hissent le drapeau de la [reddition] et disent : « Désormais, il n’y a plus de chrétienté et il n’y a plus d’Islam et les mosquées et les clochers chrétiens seront abattus », il leur sera permis de vivre. » « Sinon », a-t-il mis en garde, « vous tuerez tous les mâles par l’épée. Et vous ne laisserez que les femmes. »

« Nous conquerrons l’Irak, la Turquie [et] nous irons en Iran aussi », a encore proclamé Ariel.

Ariel est le fondateur et le dirigeant de l’Institut du Temple, le groupement financé par le gouvernement qui a publié des avant-projets détaillés et une animation informatique de ce à quoi ressemblera le Temple censé être construit sur les ruines d’al-Aqsa. (Voir vidéo ci-dessous)

L’Institut du Temple a reçu des fonds du ministère israélien de l’Éducation afin de développer un cours censé instiller une « aspiration au Temple » chez les enfants et ce, dès l’âge où ils vont en crèche. En 2013, le maire de Jérusalem pour Israël, Nir Barkat, avait décerné une distinction à Ariel pour son travail d’organisation.

Cette idéologie génocidaire est enracinée dans le sionisme religieux et son aile politique est représentée par le parti du Foyer juif.

En 2012, Zevulun Orlev, l’un des députés du parti à la Knesset, réclamait la construction d’un temple sur le site même, ajoutant que déplacer le dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa allait signifier que « le monde musulman, fort d’un milliard d’individus, allait certainement déclencher une guerre mondiale ».
Cet extrémisme messianique s’est également rendu maître du parti Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou.

En 2014, Moshe Feiglin, du Likoud, à l’époque vice-président de la Knesset, expliquait cette vue du monde fanatique. « Nous sommes sur le front principal du combat pour un monde libéré des forces du mal d’un Islam des plus extrémistes », affirmait-il. « Derrière la violence, il y a une bataille spirituelle, et le centre même de cette bataille est cet endroit, précisément – le mont du Temple. »

Le prétexte de la « liberté religieuse »

Bien d’autres hommes politiques israéliens emboîtent le pas à la direction du mouvement du Temple.

Un site internet du parti Likoud a lancé une pétition exigeant de « hisser le drapeau israélien au sommet du mont du Temple ».

« Le mont du Temple n’est pas entre nos mains », déclare la pétition. « Nous devons changer cette absurdité. »

Le ministre des Transports Yisrael Katz a souhaité qu’Israël « ne cède pas la souveraineté » sur Al Aqsa.

« Il nous faut fermer le mont du Temple aux musulmans pour une période prolongée », a déclaré le député du Foyer juif, Moti Yogev.

L’incitation à la violence de la part de hauts responsables israéliens est devenue un lieu commun, ces dernières années. Des douzaines de membres de la Knesset ont donné leur soutien verbal, et même matériel, au mouvement du Temple.

Alors que leurs déclarations font les gros titres à l’occasion, elles sont rarement prises en considération dans l’analyse de la situation explosive autour du site d’al-Aqsa.

Cette incitation à la violence se retrouve fréquemment dans des appels pour qu’Israël change unilatéralement le statu quo et permette la prière des juifs à Al Aqsa, évoquant de la sorte une absence de liberté religieuse sur le lieu saint occupé.

Mais, depuis longtemps, les principaux rabbins officiels d’Israël ont formellement interdit la prière des juifs sur le site et ce, pour des raisons théologiques – par souci de ce que, par inadvertance, les juifs n’aillent profaner des lieux qui doivent rester rituellement purs.

En maintenant cette tradition, les dirigeants de la communauté juive orthodoxe d’Israël blâment ceux qui insistent pour se rendre à l’enceinte Al Aqsa pour le bain de sang qui en résulterait. L’interdiction de visiter le mont du Temple a été fermement maintenue par les principaux rabbins orthodoxes.

« Ceux qui visitent le mont du Temple transforment le conflit israélo-arabe en un conflit religieux », a mis en garde Eidah Chareidid, une importante organisation juive orthodoxe antisioniste de Jérusalem.

« La véritable histoire »

Toutefois, comme le révélait Feiglin lors d’une séance de la Knesset en 2013, l’appel des juifs afin de pouvoir prier dans l’enceinte est un prétexte pour qu’Israël s’empare du site.

« Disons la vérité. La lutte ici ne tourne pas autour de la prière », admettait Feiglin. « Cela ne dérange nullement les Arabes que les juifs prient Dieu. Pourquoi devraient-ils s’en soucier ? Nous croyons tous en Dieu. La lutte tourne autour de la souveraineté. Voilà la véritable histoire, ici. L’histoire concerne une seule chose : la souveraineté. »

Pour faciliter la besogne des journalistes qui couvrent les événements de l’enceinte Al Aqsa, j’ai réuni au bas de cet article une liste des actuels et anciens membres de la Knesset qui, à des degrés différents, ont soutenu les desseins apocalyptiques du mouvement du Temple.

Certains des hommes politiques israéliens s’identifient eux-mêmes au mouvement, tandis que d’autres comprennent qu’il est expédient politiquement de faire des déclarations publiques pour soutenir la souveraineté israélienne sur Al Aqsa.

Le député du Likoud Avi Dichter, par exemple, est un ancien chef de la police secrète israélienne, le Shin Bet. Dichter est apparu dans le documentaire de 2012, The Gatekeepers, qui les présentait, lui et cinq anciens chefs du Shin Bet, comme des gens de la sécurité rudes mais pragmatiques, et qui étaient devenus des » colombes ».

Mais, la semaine dernière, Dichter postait sur Facebook une photo de lui-même en face du dôme du Rocher, avec un texte disant : « Ouvrez le mont du Temple aux juifs. »

Provocation et bain de sang

Étant donné le niveau d’incitation à propos du site le plus sensible du pays – en sus du climat de désespoir créé par le siège mortel de Gaza par Israël, par l’expansion des colonies en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem, et par l’érosion des droits des citoyens palestiniens d’Israël – des agressions comme celle du 14 juillet ne devraient pas surprendre des observateurs bien informés.
Comme le disait Dichter en 2013, alors qu’il était ministre de la Sécurité publique – et avant de souscrire à l’agenda du mouvement du Temple – la prière des juifs à Al Aqsa, « servira de provocation, il en résultera des désordres, avec la probabilité presque certaine d’un bain de sang, en fin de compte ».

Ce peut être précisément ce que de nombreux Israéliens espèrent. Vendredi dernier, suite à une agression au couteau par un Palestinien, agression qui a tué trois Israéliens de la colonie illégale de Halamish, Tzachi Hanegbi, un ancien ministre du Likoud et proche allié de Netanyahou, menaçait les Palestiniens d’une « troisième Nakba » – une allusion aux expulsions de masse et nettoyage ethnique des Palestiniens par Israël, en 1948 et 1967.

Lui aussi ancien ministre de la Sécurité publique, Hanegbi promettait déjà en 2003 que les juifs, « bientôt, très bientôt » seraient à même de prier sur le site d’al-Aqsa.

Eli Ben-Dahan

Le vice-ministre de la Défense Eli Ben-Dahan, du Foyer juif, a fait don personnellement de 12 000 dollars à l’Institut du Temple, qui multiplie les efforts en vue de remplacer les lieux saints musulmans par un temple juif.

« Nous devons appeler le gouvernement et la Knesset à autoriser la prière des juifs, à faire de cette prière des juifs une chose normale et permise », a déclaré Ben-Dahan lors d’une conférence à la Knesset en novembre dernier.
Auparavant, Ben-Dahan avait décrit les Palestiniens comme des « bêtes » qui « n’ont rien d’humain ».

Tzipi Hotovely

Dans un récent discours adressé à des supporters du mouvement du Temple, la vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely, du Likoud, a invité les juifs à se rendre dans l’enceinte Al Aqsa.

En 2015, Hotovely avait fait les gros titres en disant que son rêve était de voir un drapeau israélien flotter au-dessus du mont du Temple et elle avait insisté pour que les juifs fussent à même d’y aller prier.

Zeev Elkin

Le ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin, du Likoud, a déclaré qu’une pleine reprise de l’enceinte devrait être le but national d’Israël.

« Il est important de mettre le mont du Temple hors de portée des religieux aux yeux sauvages », a dit Elkin. « Nous devons expliquer à de larges couches du peuple que, sans cet endroit, notre liberté nationale est incomplète. »

Oren Hazan

Le député du Likoud Oren Hazan a déclaré au groupe « Étudiants pour le mont du Temple » qu’il bâtirait le temple s’il devenait Premier ministre.

Quand l’auteur du présent article lui a demandé comment il exécuterait les démolitions, il a répondu : « Ce ne serait pas responsable en ce moment même de vous dire comment nous nous y prendrions, mais je tiens à le dire hautement et clairement : Lorsque j’aurai l’occasion de le faire, je le ferai. »

Yuli Edelstein

Le président de la Knesset Yuli Edelstein, du Likoud, déclarait en 2012 : « Mon boulot est de traiter du processus quotidien – c’est-à-dire réunir et construire le peuple d’Israël – qui mène au Temple. »

Miri Regev

La ministre de la Culture Miri Regev, du Likoud, a introduit une proposition de loi visant à appliquer au site d’al-Aqsa à Jérusalem des mesures similaires à celles imposées par Israël à Hébron.

Suite au massacre, perpétré en 1994 par un colon juif américain, de 29 fidèles palestiniens à la mosquée Al-Ibrahimi (appelée également tombeau des Patriarches) de Hébron – un autre lieu saint aux yeux des musulmans et des juifs – les forces israéliennes avaient procédé au partage de la mosquée et transformé la Vieille Ville en une ville fantôme.

Regev a demandé une fois de plus qu’un nouvel arrangement soit immédiatement décidé, après l’agression du 14 juillet.

Ayelet Shaked

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, du Foyer juif, qui avait publié un appel génocidaire à tuer les mères palestiniennes juste avant l’offensive contre Gaza, en 2014, a également réclamé un changement unilatéral du statu quo afin de permettre aux juifs d’aller prier dans l’enceinte d’al-Aqsa.

Uri Ariel

Le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, du Foyer juif, est une figure de proue dans le mouvement du Temple et a il itérativement appelé à la construction d’un temple juif.

« Nous avons bâti de nombreux petits, très petits temples », a déclaré Ariel, « mais il nous faut construire un véritable temple sur le mont du Temple. »

Gilad Erdan

Le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan, du Likoud, a lui aussi prêté son soutien à cet effort. « À mon avis, notre droit au mont du Temple est inébranlable », a déclaré Erdan lors de la conférence des Quêteurs de Sion, en novembre dernier à la Knesset.

Erdan est également chargé de l’effort israélien en vue de combattre le mouvement BDS dirigé par les Palestiniens.

Danny Danon

L’ambassadeur d’Israël aux Nations unies et ancien vice-ministre de la Défense Danny Danon, du Likoud, a également lancé un appel afin de permettre aux juifs d’aller prier à Al Aqsa.

Yitzhak Aharonovitch

Ancien ministre de la Sécurité publique, Yitzhak Aharonovitch, du parti Yisrael Beitenu (Israël notre maison), a lui aussi apporté son soutien en 2014. « Il est important d’ouvrir le [mont du Temple] aux juifs, des dizaines de milliers de fidèles viennent ici », a-t-il déclaré.

Yehiel Hilik Bar

Vice-président de la Knesset et ancien secrétaire général du parti travailliste, nominalement de gauche, Yehiel Hilik Bar a cosoutenu au départ (avec Miri Regev) un projet de loi visant à modifier le statu quo à Al Aqsa, bien qu’il ait retiré son soutien par la suite, après avoir subi des critiques à ce propos.

Bar avait déclaré que lui et le Parti travailliste « font partie du centre gauche sioniste qui voit en nos lieux saints la base de notre existence et l’essence de notre histoire ».

David Tzur, un ancien député du parti Hatnua, ostensiblement « pacifique » et dirigé par Tzipi Livni, a également lancé un appel en faveur de la prière des juifs dans l’enceinte Al Aqsa.

Michael Ben-Ari

Parmi ceux qui ont dirigé des incursions israéliennes figure l’ancien député Michael Ben-Ari, un incitateur notoire à la violence contre les Africains et les Palestiniens, et qui, jadis, avait détruit un exemplaire du Nouveau Testament sur une vidéo.

Construire le Temple « dès que possible »

Parmi d’autres députés qui ont demandé que les juifs puissent prier dans l’enceinte Al Aqsa, figurent l’ancien membre de la Knesset Zvulun Kalfa, du Foyer juif, et Ofir Akunis, du Likoud, qui est actuellement ministre de la Science.
Smotrich, Shuli Muallem-Refaeli et Nissan Slomiansky, du Foyer juif, et Miki Zohar, Avraham Neguise et Hazan, du Likoud, ont signé un projet de loi soutenant la prière des juifs à Al Aqsa.

Yinon Magal, du Foyer juif, a déclaré à la Knesset que les juifs devaient être en mesure de prier dans l’enceinte Al Aqsa et qu’il fallait y construire un temple dès que possible.

Le ministre du Tourisme Yariv Levin, du Likoud a déclaré : « Je dirais que, durant les si longues années où les juifs ont été en exil tout en priant pour un retour vers Zion, ils n’entendaient pas par là Tel-Aviv, mais bien Jérusalem. Ils ne rêvaient pas de retourner près du siège de la Knesset et du bureau du Premier ministre, mais bien vers un autre endroit – le mont du Temple. »

Ministre de l’Égalité sociale, Gila Gamliel, du Likoud a dit : « Le Temple est la carte d’identité du peuple d’Israël. »

Le député Arieh Eldad s’est rendu à Al Aqsa pour manifester en faveur du contrôle israélien.

Toute une série d’autres députés, dont Amir Ohana et Anat Berko, du Likoud, ont également participé à des conférences de soutien au mouvement du Temple.

Dan Cohen دان كوهين דן כהן 

Traduit par  Jean-Marie Flémal

Source : https://electronicintifada.net/content/these-are-israeli-leaders-who-want-destroy-al-aqsa/21166 
Date de parution de l’article original : 24/07/2017

Publié sur le site Tlaxcala : 

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21214 

 

 

 

28 août 2017

Agressions de femmes au Maroc

violence-femme

 

Les femmes, au Maroc, subissent des agressions physiques ou verbales depuis toujours, mais le phénomène semble s'amplifier. Ce qui semble toléré, des fois accepté, devient aujourd'hui inacceptable aux yeux de la grande majorité de la population marocaine. Ce refus de cette violence est lié, me semble-t-il, à une évolution positive imposée essentiellement par des associations féministes de plus en plus nombreuses, des associations des droits des femmes et les associations des droits de l'hommes etc.

Mais le combat est loin d'être gagné. Société patriarcale, violente et misogyne, sous l'influence de campagnes salafistes et de discours des mosqués dénonçant la présence des femmes dans l'espace publique. Des jeunes hommes frustrés et livrés à eux même, exibent leur virilité en agressant des femmes. Bref la société marocaine semble aujourd'hui en crise politique, sociale, éducatives mais aussi morale.

Dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 août, une vidéo, diffusée sur internet, montre une jeune fille violentée par un groupe de garçons dans un bus de Casablanca qui continue de rouler sans qu'aucun passager n'intervienne. Le choc ! Le lendemain des centaines de femmes et d'hommes solidaires descendent manifester leur colère et leur soutien au jeune fille agressée et dénonçant cet état de fait intolérable.

Les réactions sont nombreuses. Ci-dessous une analyse sociologique de ce phénomène par Elza Walter montre la gravité de la situation des femmes dans l'espace publique au Maroc.

Maroc. Analyse sociologique des agressions sexuelles: «Une femme est considérée comme une prostituée dans la rue»

Publié par Alencontre le 23 - août - 2017

Par Elsa Walter

Cet été, plusieurs vidéos d’agressions sexuelles sur des femmes dans l’espace public ont été diffusées. Y en a-t-il plus qu’avant, ou le phénomène est-il seulement plus relayé? Comment cela renseigne-t-il sur l’évolution de la société marocaine? Éléments de réponse par des sociologues et des féministes.

Dans la nuit du 20 au 21 août, une vidéo insoutenable se propage sur les réseaux sociaux. On y voit une jeune femme, Imane, 24 ans, subir une agression sexuelle en plein jour dans un bus. La victime, qui souffre de «troubles mentaux» selon la police, subit des attouchements par une horde de mineurs qui lui dénudent le haut de son corps, tentent de l’embrasser et lui pelotent les seins contre son gré.

Le lendemain matin, l’indignation est générale et très rapidement, l’enquête de police aboutit à l’arrestation de cinq agresseurs présumés, âgés de 15 à 17 ans et tous originaires du quartier Sidi Bernoussi à Casablanca. Des internautes ont appelé à un sit-in à Casablanca le 23 août en soutien à la victime. Plus de mille personnes ont fait part de leur intention d’y prendre part.

Le 11 août, une vidéo montrant une horde de jeunes hommes prendre à partie une jeune femme marchant seule dans la rue à Tanger est diffusée sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions contrastées. Certains désapprouvent, d’autres justifient l’agression en jugeant la tenue de la femme indécente.

En 2015, une autre affaire, celles des deux filles d’Inezgane poursuivies pour avoir porté des robes, avait suscité l’émoi, rappelant encore une fois à quel point l’espace public peut être violent envers les femmes.

Des agressions plus relayées qu’avant et des agresseurs fiers de leurs crimes

Jamal Khalil, professeur de sociologie à l’Université Hassan II Aïn Chock Casablanca, rappelle qu’il «n’y a pas un suivi statistique des agressions sexuelles sur les femmes dans l’espace public. On a l’impression qu’il y en a plus qu’avant, mais je pense que c’est surtout plus relayé aujourd’hui qu’il y a 20 ans.»

Le sociologue regrette qu’il n’y ait pas un organisme étatique indépendant pour recenser ces phénomènes. Pour rappel, un Observatoire national de la violence à l’égard des femmes a été créé dans le cadre du plan gouvernement d’égalité homme/femme «Icram», mais celui-ci, considéré comme une «coquille vide» par les associations féministes, ne produit pas de telles statistiques.

Les associations de défense des droits des femmes, telles que l’ADFM, nous confient recevoir peu de plaintes concernant les violences dans l’espace public, car elles savent que leur démarche sera vaine en l’absence de loi protectrice. Contactée par nos soins, la Commission régionale des droits de l’Homme (CRDH) de Casablanca-Settat nous indique par ailleurs que «la CRDH n’a pas été saisie particulièrement pour un cas d’agression contre des femmes dans l’espace public dernièrement».

Pour Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), «c’est un phénomène qui prend de l’ampleur dans la société de façon grave. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que c’est toujours arrivé au Maroc.»

Nouzha Skalli, ancienne ministre du Développement social et de la Famille et membre du PPS, partage ce ressenti. «Je me sens sous le choc de cette recrudescence inqualifiable de la violence à l’égard des femmes», nous confie-t-elle, rappelant que la reconnaissance de cette violence est récente, y compris sur le plan international: «Ce n’est qu’en 1993 que les Nations Unies ont pris en considération ce sujet. Pendant longtemps, les femmes tabassées devaient se cacher et n’osaient pas parler. Ce n’est qu’à la suite de toutes les actions menées par la société civile qu’il y a eu une visibilisation de cette violence.»

Pour la sociologue Soumaya Naamane Gessous, spécialiste de la sexualité et des droits des femmes, «les agressions sexuelles ont toujours existé et nous ne sommes pas dans le cas de l’Inde où les viols collectifs sont légion. Mais le phénomène qui est vraiment nouveau, c’est la cruauté qui consiste à filmer les crimes et à s’en vanter sur la toile, dans une recherche abjecte de célébrité. Ces jeunes se sentent en impunité totale, car même les passants ne s’arrêtent plus pour défendre les femmes victimes d’agression. Cela fait réfléchir aussi sur l’impact de la toile sur ces jeunes irresponsables. Qu’est-ce qui se passe dans la tête de ces jeunes qui friment?»

«Une femme dans la rue est toujours considérée comme une prostituée»

Pour Soumaya Guessous, c’est notamment «l’influence salafiste qui entre en jeu: le discours intégriste, qui ne prône pas du tout le respect de la femme, est relayé par des chaînes de télé satellitaires et sur la toile. Par ailleurs, le discours religieux dans certaines mosquées, mais également par certains enseignants, va dans ce sens-là. La femme est considérée comme Satan qui porte atteinte à la piété du croyant. Une femme est toujours considérée comme une prostituée dans la rue, même si elle porte le foulard.»

La sociologue voit également dans la frustration sexuelle ambiante une explication aux agressions dans la rue. «Au Maroc, la valeur d’un homme c’est sa virilité. Les jeunes garçons sont élevés pour exhiber leur puissance sexuelle. D’un autre coté, la valeur des filles c’est la virginité. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce système. La pornographie a enragé sexuellement les jeunes, qui vont se déchaîner sur des femmes.»

Khadija Ryadi résume ainsi cette vision particulière de la virilité: «finalement, c’est en agressant les femmes qu’on devient un homme».

Un constat que partage le professeur Khalil: «On n’a pas encore réglé la question de la femme à l’extérieur de la maison. On est dans une culture où l’on estime qu’elle n’est pas bienvenue dans l’espace public et que si elle est agressée, c’est quelque part de sa faute, car elle dérange. Une fille, quand elle sort de sa maison, doit avoir un plan de route et il y a des choses qu’elle ne peut pas faire. Ce n’est évidemment pas le cas pour les hommes. En été, le phénomène est exacerbé, car les gens sortent davantage. Il y a un peu plus de femmes à l’extérieur donc cela dérange un peu plus.»

L’ancienne ministre Nouzha Skalli analyse ce phénomène comme «l’aboutissement de toute une offensive idéologique contre les femmes, contre la liberté des filles de s’habiller normalement. Les jeunes se sentent décomplexés pour agresser des filles», déplore-t-elle.

«Crise des valeurs et génération livrée à elle-même»

Au sujet du jeune âge des agresseurs (15 à 17 ans), l’ancienne présidente de l’AMDH remarque qu’en général, ce sont des personnes mineures que l’on retrouve aussi bien du côté des victimes que des agresseurs. «C’est une génération qui a été livrée à elle même, qui n’a pas eu un encadrement, une éducation. Une génération victime de la crise des valeurs qui règne dans la société», relève Khadija Ryadi.

Elle rappelle une étude récente de la Banque Mondiale sur la perception par les jeunes de la violence à l’égard des femmes «67% des hommes trouvent normal qu’une femme subisse la violence. Il y a une acceptation, une normalisation de la violence à l’égard des femmes. C’est ce que montrent aussi les chiffres de l’étude du Haut-commissariat au Plan de 2010, qui démontrent que les deux tiers des femmes au Maroc sont exposées à la violence, ou l’ont subie au moins une fois.»

Pour la militante, la violence à l’égard des femmes qui se développe, c’est aussi «le résultat de l’image de la femme dans la société. Malgré tous les plans d’action mis en place par le gouvernement, l’image de la femme est très dégradée dans la société. Il ne faut pas seulement éduquer les enfants et sauver notre école publique qui est en faillite, mais aussi travailler sur l’image de la femme dans les médias. C’est également dans les mosquées qu’il faut agir: les prêches des imams servent trop souvent à faire passer des messages misogynes et violents à l’encontre des femmes.» Elle dénonce également une «justice en faillite et une discrimination envers les associations qui œuvrent vraiment dans l’intérêt des droits des femmes».

Nadia Hmaity, militante au sein de l’AMDH, qui a créé la page Facebook «Stop au harcèlement des femmes dans les rues du Maroc», rappelle que cette situation est aussi due au «manque cruel d’éducation sexuelle au niveau de la famille et l’école».

«Le plus choquant c’est que les femmes justifient les violences faites aux femmes»

Pour sa part, Nouzha Skalli déplore que «l’idéologie misogyne dominante se retrouve aussi bien chez les hommes que chez les femmes. C’est beaucoup plus choquant quand ce sont les femmes qui justifient les violences faites aux femmes, mais cela fait partie d’une culture nauséabonde.»

Pour Soumaya Naâmane Guessous, «c’est un problème de mentalité qui commence par le foyer. Il n’y a pas le respect de la femme. Les mères elles-mêmes dénigrent les femmes devant leurs enfants.»

Un triste constat qui rappelle la récente affaire de la chanteuse de chaâbi Imane Bent El Howat qui encourage dans une de ses chansons les hommes à battre les femmes, ou encore les conseils hallucinants donnés par une animatrice de la chaîne 2M aux femmes battues, qui ont poussé la chaîne à s’excuser.

Une classe politique désengagée

Le sociologue Jamal Khalil rappelle la responsabilité collective dans ce genre de drames: «Dans ces histoires, on est tous responsables: que l’on soit enseignant, père de famille, maire d’une ville, ministre, ou quand on est dans le bus et qu’on regarde ailleurs. C’est de la non-assistance à personne en danger.»

Pour lui, c’est avant tout une affaire de choix de société: «La société doit décider de ce qu’elle veut. Cela ne va pas se faire du jour au lendemain, c’est un travail de longue haleine. L’État doit continuer son action et ce n’est pas seulement avec une campagne de communication que le problème sera réglé. Il faut de la persévérance.»

Mais la sociologue Soumaya Guessous rappelle qu’il «n’y a au Maroc aucune campagne de sensibilisation pour le respect des femmes». Pour elle, «au niveau de l’exécutif, il n’y a rien qui se passe».

Nouzha Skalli considère de son côté que si la vague d’indignation dans la société civile est vive, «au niveau institutionnel et des autorités, cette question n’est pas considérée comme d’une importance majeure. Les libertés des femmes sont aujourd’hui menacées, surtout en l’absence d’une loi qui sanctionne la violence à l’égard des femmes.»

Sur ce point, Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des droits de l’Homme, avait concédé à l’AFP que la loi marocaine «condamne le harcèlement des femmes au travail, mais pas dans les espaces publics».

Il assure néanmoins qu’un projet de loi «complet» qui criminalise les violences à l’égard des femmes, incluant pour la première fois le harcèlement dans les lieux publics, est en cours d’adoption au Parlement.

Mais pour l’ancienne ministre Nouzha Skalli, «le parlement ne reflète pas la société aujourd’hui. À titre d’exemple, le taux de polygamie dans la société qui ne dépasse pas 0,3%, alors qu’au niveau des parlementaires, il est à 10%. C’est un parlement qui, globalement, est infiniment plus conservateur que la société. De plus, le taux d’abstention a atteint 75% lors des dernières élections», poursuit-elle.

S’agissant du projet de loi en préparation, elle considère qu’«il serait nécessaire d’avoir une écoute et une concertation effective avec les mouvements pour les droits des femmes», dont l’avis n’a pas été pris en compte.

L’ancienne ministre déplore en outre que «les partis politiques dans leur ensemble ne soient pas engagés sur la question de l’égalité». «Dans les faits, on ne trouve pas réellement une force politique qui donne une réelle priorité à cette question», conclut-elle. (Article publié dans Telquel.ma, le 21 août 2017)

 

24 juin 2017

Podemos, solidarité avec le Hirak du Rif

Des dizaines de manifestations de solidarité avec le mouvement populaire du Rif se sont déroulées dans plusieurs villes et capitales en Europe, Paris, Bruxelles, Genève, Madrid, Montpellier, La Haye etc. Les manifestants demandent la libération des détenus du mouvement et exigent des réponses urgentes aus revendications sociales, économiques et culturelles du Hirak ...

De nombreux sit-in ont été organisés devant les représentations diplomatiques du Royaume du Maroc dans plusieurs pays Européens, devant le parlement des Pays-Bas, et devant le siège de la commission de l’Union Européenne à Bruxelles, voici une nouvelle manifestation à Genève, en Suisse, devant le siège Européen des Nations Unis.

Solidarité avec le Rif : Manifestation devant l’ONU à Genève pour soutenir le Hirak Rifain et libérer ses détenus

 

Une lettre envoyée par les eurodéputées et eurodéputés de PODEMOS à la chef de la diplomatie européenne sur les actuels événements du Rif dont voici le contenu:

A Mme. Federica Mogherini,

Haute Représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

Objet : Sur la situation d’urgence de persécution, de harcèlement et de torture envers des demandes légitimes du peuple du Rif, à la suite de la mobilisation populaire massive dans la région du Rif le 18 mai 2017

Chère Haute Représentante Mogherini:

Depuis la fin 2016, nous nous rappelons de la mort de Fikri Mohssine, un vendeur de poissons rifain à qui on a confisqué sa marchandise et son unique source de revenus pour sa famille et pour lui. Mais surtout, nous pensions que pour ce poissonnier sauver son produit qu’il vendait était la même chose que d’éviter sa mort et celle de ses proches, et il a essayé de tenir à ce qui lui restait dans le camion poubelle, alors que l’ordre d’un agent de police a finalement terminé par les séparer. Mohssine Fikri a été écrasé, à côté de sa marchandise.

Ce fait est un assassinat commis par les autorités du pays. Mais il y a eu encore plus. Cinq autres jeunes ont été torturés et tués dans les postes de police depuis 2011, et différents témoins racontent comment des fonctionnaires de police ont porté les corps sans vie au siège de la Banque Chaiibi et ils ont provoqué un incendie pour dissimuler ce crime. Les corps calcinés montraient des signes de torture et de nombreuses fractures osseuses. Ces cas sont restés sans résolution et l’administration n’a jamais montré aucun signe de collaboration avec les demandes des familles en leur facilitant l’accès aux preuves.

Depuis l’assassinat de Mohssine Fikri, le mouvement populaire de protestation ne cesse d’accroître dans la région du Rif au nord du Maroc, et il a donné lieu à une concentration de plusieurs dizaines de milliers de manifestants à Al-Hoceima le 18 mai. Ce mouvement puise ses racines dans la mobilisation populaire qui a eu lieu dans la région le 20 Février 2011, donnant au Maroc un nouveau souffle de la dynamique des soulèvements dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient.

La population du Rif :

1) demande le procès des personnes responsables de ces décès,

2) exige de mettre un terme à la marginalisation de Rabat,

3) exige des investissements sociaux d’urgence dans les hôpitaux, les universités, l’emploi et les infrastructures,

4) exige la levée de la militarisation de la province d’Al Hoceima

5) exige la fin des persécutions et des harcèlements des jeunes et des petits agriculteurs,

Cette situation est un signe évident de l’échec des politiques économiques et sociales promues par l’Etat marocain afin de rembourser son énorme dette publique, qui se manifeste dans la destruction du tissu productif, le pillage des ressources marines et forestières, la faiblesse des principaux services publics et l’absence d’emploi des jeunes. Ces politiques néolibérales en faveur du grand capital étranger et local, dictées par les institutions financières et commerciales internationales et les gouvernements des puissances impérialistes, sont appliquées par les institutions marocaines corrompues et qui n’ont rien de démocratiques. Les divers institutions gouvernementales, sécuritaires et les médias du système monarchique cherchent à faire taire la voix de la population du Rif, à criminaliser le mouvement de protestation et à éroder sa crédibilité afin qu’elle ne constitue pas un exemple pour d’autres villes et d’autres régions du Maroc qui vivent dans les mêmes conditions de marginalisation , d’appauvrissement et d’atteinte à leur dignité.

Pour tout ce qui précède, nous demandons à l’UE de toute urgence:

1. de condamner la répression, la violence et les campagnes de désinformation de l’Etat marocain,

2. d’exiger à l’Etat marocain la cessation de l’état d’abandon dans lequel se trouve le territoire du Rif et la prise en charge des revendications de la population se référant à des questions politiques et culturelles,

3. de condamner les persécutions de la police pour des raisons politiques, comme celle à laquelle fait face Nasser Zafzafi pour défendre le Mouvement populaire du Rif (MPR) des paroles d’un prédicateur dans une mosquée,

4. de défendre le droit à la liberté d’expression, le droit à la vie et à la sécurité sur le territoire du Rif, et de condamner la torture et les traitements inhumains et dégradants que l’Administration marocaine a appliqué historiquement sur cette population,

5. d’exiger le droit d’accès à la justice comme telle et comme elle est revendiquée et de se protéger des ingérences de l’Etat marocain envers les droits fondamentaux des personnes que composent ces territoires,

6. de forcer la cessation des arrestations des activistes du Mouvement Populaire du Rif qui sont arrivés à plus de 128 détenus au cours des 12 derniers jours,

Dans l’attente de votre réponse et en étant à votre disposition à discuter de cette question lors d’une future réunion si vous le considérez opportun, veuillez agréer nos salutations les plus cordiales.

Signés: Les eurodéputées et eurodéputés de PODEMOS (lettre publiée dans le site de "La voix démocratique")

Xabier Benito Ziluaga, Tania González Peñas, Lola Sánchez Caldentey, Estefanía Torres Martínez, Miguel Urbán Crespo, Angela Vallina, Paloma Lopez et Lidia Serra.

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24 juin 2017

Ni guerre ni état de guerre

Le collectif " NI GUERRE NI ETAT DE GUERRE" a publié le 30 mars 2017, un article sur les bombardements de la coalition occidentale en Irak et en Syrie ! " Chaque jour depuis le 19 février, des dizaines de civils en Irak et en Syrie sont tués par les bombardements de la coalition occidentale à laquelle participe la France."

 

En Irak, le groupe de journalistes Airwars a comptabilisé au moins 2 720 victimes civiles des bombardements de la coalition occidentale, dont au moins 1 000 pour le seul mois de mars 2017 .

Le 1er mars, 80 civils ont été tués dans le bombardement de la Mosquée Omar de Mossoul où ils s’étaient réfugiés. Le vendredi 16 mars, le bombardement par deux drones US de la mosquée de la ville d’Al-Jinah (Province d’Alep) a fait 42 morts et des centaines de blessés. Le 5, les bombardements du quartier Dawassa ont fait entre 64 et 130 morts. Au moins 130 civils du quartier Al-Djadida à Mossoul ont été tués par les bombardements occidentaux qui ont fait s’effondrer 3 immeubles d’habitation.

Des bombardements au phosphore blanc avec du matériel américain (M825A1) ont eu lieu à Qaraqosh, alors que l’utilisation de cette arme chimique est interdite par l’ONU depuis 1983. En Syrie, Raqqa n’a pas connu une seule journée sans bombardement depuis le 1er janvier 2017, Airwars recense au moins 147 morts civils.

La coalition prétend « libérer » les civils, mais aucun hôpital pour soigner les blessés n’a été mis en place, aucune solution n’a été trouvée pour les 600 000 personnes qui se trouvent encore dans les zones tenues par l’EI dans Mossoul (HCR). Les pays qui dépensent des milliards pour bombarder les villes d’Irak et de Syrie n’ont même pas financé le HCR pour les 200 000 civils de Mossoul qui ont déjà fui les bombardements. Les réfugiés ne sont pas accueillis et l’Union Européenne expulse des réfugiés (y compris mineurs isolés) vers l’Afghanistan.

Pire, des exactions massives par les alliés de la coalition (milices et police fédérale du régime irakien) sont documentées depuis deux ans : enlèvements de masse, tortures, exécutions sommaires … l’impunité est telle que certains soldats et miliciens publient eux-mêmes des vidéos de leurs crimes.

Au nom de la « guerre contre le terrorisme », l’ensemble des puissances impérialistes rejouent la guerre d’Irak, et placent leur pions pour se partager la région.

La France joue un rôle important dans ces crimes. L’artillerie et l’aviation française bombardent quotidiennement Mossoul et Raqqa : 512 bombardements par l’aviation française entre le 1er juin et le 31 août 2016, 816 entre le 1er septembre et le 30 novembre, plus les canons Caesar. Nous avons la responsabilité de lutter pour parvenir à l’arrêt de ce massacre.

 

Nous exigeons :     

– l’arrêt des bombardements,                     

– le retrait des troupes françaises (forces spéciales, « instructeurs »),                   

– l’arrêt des livraisons d’armes,                         

 – l’accueil des réfugiés.

 

Construire un mouvement contre cette sale guerre ne réglera pas tous les problèmes de cette région martyrisée par des années de guerre, mais cela enverra un message fort aux peuples : nous sommes à vos côtés et luttons ensemble pour mettre fin aux guerres impérialistes.

 

Collectif Ni guerres ni etat de guerre

 

13 juin 2017

Maroc, la lutte continue !

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Que se passe-t-il au Maroc ?

Une mobilisation d’une grande ampleur se déroule depuis 7 mois dans la région du Rif, essentiellement à El Hoceima, ville situé sur la côte Nord Est du Maroc, au centre de la région du Rif.

Le point de départ des protestations et des manifestations est l’assassinat de Mohcine Fikri, un vendeur de poisson, écrasé dans une benne d’ordure en essayant de sauver sa marchandise confisquée par la police et jetée dans cette benne.

C’est un mouvement (Harak) qui touche toute la région et s’étend à l’ensemble du Maroc, 15 d’après les observateurs et les journalistes, mais le lieu de son intensité reste El Hoceima dont la population souffre de la mort de plusieurs de ses enfants ( cinq morts découverts dans une agence bancaire de la ville en février 2011, plus celle de Mohsine Fikri).

Des assemblées et des comités populaires ont doté le mouvement d’une plate forma revendicative.

« Celle-ci fait ressortir des demandes élémentaires : la construction d’universités, d’hôpitaux, de centres de formation, l’accès aux services de base, la lutte contre le chômage et les expropriations de terre, ainsi que la levée du décret de militarisation établi dans les années 1950, la fin de la corruption, la libération des prisonniers du mouvement, la condamnation des vrais responsables de la mort de Fikri. Les comités locaux du mouvement populaire structurent à la base la mobilisation qui a essaimé, y compris dans les plus petites localités. »

Si l’ensemble de la population participe pacifiquement aux manifestations, les jeunes et les femmes constituent le fer de lance du mouvement. Ils garantissent son caractère pacifique en protégeant les biens et les personnes de la casse et de la violence. Des dirigeants ont surgi et portent la parole du mouvement avec détermination et sans concession.

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 La réaction du pouvoir

Le pouvoir a réagit à son habitude en essayant dans un premier temps de présenter le mouvement comme répondant à un agenda  séditieux  mené par des « séparatistes » financés par l’étranger (Algérie, Iran, Belgique, Pays Bas, Espagne etc).  

Dans un deuxième temps, voyant que la stratégie de « diviser pour régner » n’a pas pris et vu l’ampleur et la poursuite du mouvement et le soutien qu’elle a suscité de la part des autres villes et régions  du Maroc (rassemblements  et manifestations à Rabat,  Casablanca,  Khouribga, Settat,  Csar El Kébir, etc), des ministres se sont déplacés et ont rencontré le gouverneur et les élus locaux, ignorant la population et les leaders du mouvement et faisant mine de s’occuper de l’avancement des projets décidés pour El Hoceima depuis 2005 dont un hôpital spécialisé entre autre dans le traitement des cancers et qui a été inauguré par le  roi. Cet établissement équipé d’un matériel très performant, semble-t-il, n’est plus opérationnel, ou « n’existe plus », d’après des journalistes. «  Plusieurs grands projets auraient été lancés en 2015 – une voie express pour désenclaver la ville, un nouvel hôpital, des mesures d’assainissement – «mais il faut laisser le temps de leur réalisation», dit Mohamed el-Yaâkoubi. Quant à la question de l’emploi, le wali renvoie la balle au secteur privé… tout en glissant que les manifestations ne vont pas aider à attirer les investisseurs… » Ces manœuvres, les marocains les connaissent et les subissent à chaque crise politique et sociale, mais cette fois-ci, il ne semble plus convaincre, ni berner  les manifestants qui demandent des négociations sérieuses avec les dirigeants du mouvement et des garanties…

La répression est vaine !

« Devant la persistance du mouvement, n’a cessé de déployer ses forces répressives et « balatagias ». La journée du 18 mai a été emblématique : malgré un dispositif militaire impressionnant et des barrages systématiques, des milliers de personnes les ont forcés et rejoint al Hoceima, acculant le pouvoir à assister à une manifestation de masse sans précédent doublée d’une grève générale. Conformément aux habitudes de ce pouvoir, l’escalade de la répression se poursuit : des dizaines de militantes et militants, les portes paroles,  sont arrêtés et envoyés devant les tribunaux sous des accusations lourdes de conséquences : atteinte à la sureté intérieure de l’Etat, entretien de la firna (discorde), « séparatisme » etc.

Plus la répression s’accentue, plus le mouvement s’élargit et se radicalise. Des mots d’ordre visent la fin du Makhzen, le drapeau symbolisant la résistance du Rif à la colonisation espagnole et française et le soulèvement de la région derrière le figure hautement respectée et revendiqué par l’ensemble du mouvement progressiste marocain fait surface. D’ailleurs ce drapeau suscite des controverses et il est utilisé par le pouvoir pour accuser le mouvement de séparatisme. Or comme l’explique l’historien marocain Mustapha Kadiri « la réapparition de ce symbole est un rappel de la mémoire et de la lutte d’Abdelkrim Khattabi qui s’est sacrifié pour sauver le Rif du colonialisme. «Il n’est donc nullement question de séparatisme à travers ce symbole ou d’une identification à la lutte de Khattabi. Si Khattabi était séparatiste comme certains l'affirment aujourd’hui, il l’était plutôt contre la France et l’Espagne», tranche l’historien. »

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 Le soutien au mouvement

Des voix au Maroc et à l’étranger se font entendre pour dénoncer l’approche répressive du mouvement et réclamer la libération de l’ensemble des militantes et militants du Harak. Des rassemblement, des manifestations, devant les ambassades en France, en Belgique, aux Pays Bas, en Allemagne, en Espagne etc. se solidarisent avec le mouvement et demandent la satisfaction des revendications légitimes et justes de la population du Rif et du peuple marocain : « Le mouvement populaire a posé des exigences très claires : ce ne sont pas les institutions élues corrompues et les ONG bidons mais les représentants du mouvement qui doivent être à la table des négociations, et celle-ci ont pour préalable la libération des détenus, la levée de la militarisation, et pour seul objectif la satisfaction des revendications assorties de garanties. Le mouvement ne s’arrêtera pas tant que la population n’aura pas obtenu satisfaction. »

Le soutien à toutes les mobilisations sociales et démocratiques et l’arrêt de la répression est urgente. 

 

 

 

 

 

 

13 juin 2017

Le Hirak ou la révolte du Rif

Un article de Maâti Monjib, historien marocain de première importance, explique les liens historiques et affectifs entre le Hirak du Rif et la lutte de " Mohamed Abdelkrim El-Khattabi, dit «  Abd El-Krim  » (1882-1963), célèbre résistant à la colonisation et président de la République du Rif de 1921 à 1926, devenu l’icône des mouvements de résistance."

Maâti Monjib est Historien, auteur notamment de La Monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir, L’Harmattan, Paris, 1992 et président de Freedom Now, comité marocain pour la protection de la liberté de presse et d’expression." Il fait parti des sept journalistes et défenseurs des droits de l'homme poursuivis par la justice marocaine pour "atteint à la sécureté de l'Etat" en 2015.

Un compte rendu de l'affaire est paru dans le journal le Monde:

L'universitaire marocain Maati Monjib en grève de la faim

Compte rendu L'historien, qui préside une association pour la liberté de la presse, s'est vu empêché de quitter le territoire. Son comité de soutien dénonce une affaire politique.Son article sur le Hirak dans le rif est à lire ici :
Maroc. Le hirak ou la révolte dans le Rif - Sur les traces d'Abd-El-Krim

Depuis plusieurs semaines, le Rif marocain est en ébullition. Une révolte sociale, politique et identitaire, qui rencontre un écho dans le reste du pays et illustre les impasses du pouvoir. Celui-ci est d'autant plus exaspéré que le hirak (mouvement) invoque le nom d'Abd El-Krim (1882-1963), célèbre résistant à la colonisation.



12 juin 2017

Solidarité avec le Hirak !

Paroles des organisateurs et de manifestants lors de la manifestation du dimanche 11 juin à Rabat.

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La détermination et la mobilisation du peuple sont plus fortes que jamais malgré la centaine d'arrestations des militants du Rif : libérer les prisonniers, les revendications sont justes et légitimes, aucun retour aux années de plomb n'est possible, la lutte continuera pour consolider les acquis démocratiques et en arracher d'autres, la maffia makhzen doit cesser ses manoeuvres d'intimidation et de répression etc.  

 

12 juin 2017

Manifestation de solidarité avec le hirak

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Rabat, dimache 11 juin, manifestation de solidarité et de protestation en soutien au mouvement populaire (hirak) à El Hoceima et dans d' autres régions du pays. Elle a rassemblé des milliers de marocains (voir vidéo ci-dessous) qui ont scandé des slogants contre la répression et l'arbitraire, revendiquant la libération des prisonniers politique du Hirak, la liberté, le respect, la dignité, des mesures économiques, sociales et culturelles pour vivre dignement...dénonçant la main mise sur les richesses nationales, la militarisation de la région du Rif, la corruption de l'Etat etc. Cette manifestation monstre s'est déroulée dans le calme sous le mot d'ordre " une seule patrie, un seul peuple, contre l'arbitraire" “وطن واحد، شعب واحد، ضد الحكرة”

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Le Hirak /Mouvement
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