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Le Hirak /Mouvement
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27 novembre 2017

Maroc. La quête désespérée d’un panier d’aliments: 15 morts

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Maroc. La quête désespérée d’un panier d’aliments: 15 morts

Publié par Alencontre le 21 - novembre - 2017

Par Jassim Ahdani

Stupeur générale à Sidi Boulaâlam, petit bourg à une soixantaine de kilomètres d’Essaouira [ville portuaire, chef-lieu de la province d’Essaouira, au sein de la région de Marrakech-Safi, ville de quelque 80’000 habitants, «perle du tourisme»]. Ici, la mort tragique de 15 femmes, le dimanche 19 novembre, sur la place du souk de ce village, où une distribution de paniers d’aide alimentaire devait s’effectuer, choque tout le monde.

«La grande esplanade grouillait de monde depuis le samedi soir. On pouvait facilement compter près de 4000 femmes accourues de différentes régions, jusqu’à Marrakech», atteste un témoin direct de la bousculade qui a coûté la vie à 15 femmes et fait 5 blessés graves.

Rassemblés sur l’artère principale du village, les habitants racontent, stupéfaits, les péripéties d’un «dimanche noir». «La distribution a débuté à l’aurore», explique l’un d’eux. «Les paniers n’étaient destinés qu’aux tolbas (récitateurs de coran, NDLR) qui ont accompagné l’initiateur de cette distribution», poursuit-il.

Des préparatifs de longue date

Pour les besoins de ce qui devait être une «opération de bienfaisance»,  les organisateurs mobilisent les habitants du village depuis près de deux mois, nous apprend-on. «A raison de 60 dirhams par jour [6 CHF], nous les avons aidés dans tout le processus d’approvisionnement», nous déclare Said Rahmani, l’un des jeunes ayant pris part aux préparatifs. Notre interlocuteur, décrit «un coup de com’ qui a mal tourné».

«L’association en charge de cette initiative organise depuis 4 ans des campagnes semblables, il y a toujours des heurts au moment des distributions, mais jamais de cette ampleur», nous confient plusieurs habitants, les visages fermés. Ils se désolent de voir leur petit patelin faire la une des médias.

Quid des responsabilités?

Le wali [gouverneur] de la région, Abdelilah Bjioui, a expliqué que l’événement a reçu l’aval des autorités et ces dernières ont ouvert une enquête pour déterminer les responsabilités. Abdelkbir Hadidi, président de l’association à l’initiative de l’opération, a été interpellé par les forces de l’ordre dès dimanche après-midi. Cet imam d’une mosquée du quartier Californie de Casablanca et natif du village a été relaxé par la suite, après des heures d’interrogatoire.

Qui est responsable? Il serait hasardeux de tirer des conclusions à ce stade. Pour les habitants toutefois, la colère se cristallise autour de l’imam: «Il tenait à photographier toutes ces pauvres femmes pour faire montre de sa bonté» lâchent certains habitants dans les rassemblements improvisés à l’emplacement même où le drame a eu lieu.

Nous tentons toujours de joindre Abdelkbir Hadidi, qui se trouve à Sidi Boulaâlam, afin de recueillir sa version des faits. En attendant que la lumière soit faite sur ce drame, il règne dans ce petit centre rural une atmosphère des plus lugubres.

Un rassemblement à Essaouria

18h30, place Moulay Hassan d’Essaouira. Un essaim d’hommes et de femmes représentant la société civile de la ville se rassemblent par petites grappes en discutant. Ils se sont donné rendez-vous dans cette esplanade d’habitude vouée aux manifestations culturelles. Ce soir, ils organisent un sit-in de solidarité avec les victimes du «dimanche noir» de Sidi Boulaalam.

Dans le calme, et sous les yeux des touristes de la «Cité des vents», les manifestants ont scandé plusieurs slogans, exprimant leur indignation et leur colère. Les quelques policiers, restés à l’écart, n’ont pas eu à intervenir, la manifestation se déroulant dans le calme.

Cette action citoyenne était dirigée contre ce qu’ils ont appelé «l’inaction des autorités» et le «procédé indigne» de l’association qui prévoyait de distribuer des denrées alimentaires dans des conditions «humiliantes», selon les manifestants. Ces derniers accusent l’association de vouloir «se donner l’image d’un bienfaiteur sur le dos des démunis». L’enquête ouverte dans la foulée n’a pas encore déterminé les responsabilités dans ce drame.

Curieux, plusieurs touristes ont abordé la petite foule rassemblée au milieu de la place qui sert notamment de scène artistique lors du Festival Gnaoua qu’abrite la ville. Beaucoup d’entre eux ignoraient ce qui s’est déroulé la veille non loin de Mogador. Se montrant solidaires, les visiteurs ont également tenu à manifester leur soutien aux victimes et à leurs familles.

A Casablanca, des manifestant·e·s s’insurgent contre le mépris face aux démunis

Théa Ollivier, sur le même site Telquel.ma relate la manifestation qui s’est tenue à Casablanca: «La nuit tombée, un groupe se détache des habituels spectacles de rue et des commerces qui peuplent la place des Nations unies. Micro à la main et baffles rugissants, les manifestants protestent contre la mort des 15 femmes à Sidi Boulaalam ce dimanche. «Je suis solidaire de ces femmes, j’ai imaginé ma mère qui habite dans la campagne avec mes proches», témoigne Mouaad, Amazigh du sud, qui habite maintenant à El Oulfa. «Au Maroc, il ne faut pas voir que Marrakech ou Casablanca, il faut prendre en compte les régions isolées où il y a les pauvres», explique le jeune homme.

Une centaine de manifestants se sont regroupés pancartes, photos et banderoles à la main, suite à un «appel spontané de différentes associations des droits de l’homme comme l’AMDH» selon Saadia, de la Fédération marocaine des droits de l’homme.

«On dénonce la bousculade qui a fait 15 morts alors que ces femmes demandent un petit sac avec quelques denrées alimentaires comme de l’huile et du pain, mais surtout le fait que des gens se battent jusqu’à mourir au Maroc en 2017», explique la militante.

Tout comme les personnes qui s’époumonent en ce soir de novembre, Saadia demande que l’Etat agisse pour le développement de la région. «Des têtes sont tombées dans le Rif. Il faut agir dans les autres régions, même à côté d’Essaouira et Agadir où l’on se croit à l’abri, car c’est le sud. Même eux sont touchés».

Les «limites de la bienfaisance»

Dans Le Figaro du 21 novembre 2017, Stéphanie Wenger, écrit : Cette catastrophe fissure l’image d’un Maroc dynamique, en route vers la croissance, porteur de grands projets innovants (ligne à grande vitesse, satellite, mégacentrale solaire), promue par les autorités. L’exclusion de ce développement de nombreux Marocains se rappelle ainsi tragiquement à elles. «Cet événement illustre la prégnance de la pauvreté, voire de la mi­sère. La politique des grands projets ne permet pas un effet de diffusion et d’entraînement aussi important qu’annoncé ou espéré, et la politique de redistribution est insuffisante pour faire face aux inégalités, historiquement très importantes», souligne Béatrice Hibou, directrice de recherches au CNRS, codirectrice de l’ouvrage Le Gouvernement du social au Maroc (Paris, Karthala, 2016).

«Cela montre aussi les limites de la bienfaisance. En effet, l’une des modalités de gouvernance du social au Maroc est l’action par le truchement d’acteurs non étatiques. Les associations jouent un rôle important dans les poli­tiques sociales dans les régions. Les environs d’Essaouira ne font pas exception: en dépit de la proximité d’une des perles du tourisme marocain, le manque d’infrastructure est encore flagrant, notamment pour l’adduction d’eau dans les vil­lages, et plus encore pour l’éducation. La bienfaisance joue un rôle capital, mais elle ne peut remplacer une intervention publique.»

Des notables discrédités 

Selon les statistiques officielles, la pauvreté est en recul, mais elle concerne encore près de 4 millions de personnes, soit environ 10 % des Marocains, selon le Haut-Commissariat au plan. Concernant l’indice de développement humain, le Maroc se hisse difficilement à la 123e place sur 194, derrière la Tunisie et l’Algérie. Le drame de Sidi Boulaalam survient dans un contexte tendu: le Rif a été toute l’année dernière le théâtre d’un mouvement de contestation portant des revendications économiques et sociales, après la mort d’un marchand de poissons dont la marchandise, pêchée illégalement, avait été détruite.

En octobre, la ville de Zagora, dans le Sud, a connu des manifestations d’habitants privés d’accès à l’eau courante. Des centaines d’arrestations ont eu lieu dans le Rif; à Zagora également, plusieurs manifestants ont été arrêtés. [voir sur ce site l’article publié sur le «Hirak de la soif» : https://alencontre.org/afrique/maroc/maroc-au-sud-le-hirak-de-la-soif-les-condamnations-pleuvent.html]

Béatrice Hibou identifie un problème dans l’appréhension de ces mouvements : «Contrairement aux cinq dernières années durant lesquelles les autorités avaient réagi avec modération et souplesse, elles semblent aujourd’hui se crisper. On le voit clairement au Rif, avec une reprise en main des segments plus sécuritaires du pouvoir. D’autre part, on assiste à une crise de l’intermédiation, à une décrédibilisation et une remise en cause des notabilités et des élites qui servaient de médiation dans les conflits.»

 

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20 novembre 2017

Révolution démocratique ou Etat autoritaire en Catalogne

8 octobre la catalogne

La lutte pour l’autodétermination en Catalogne, semble dérouter plus qu’un, le texte suivant peut nous aider à comprendre « les différents aspects de cette lutte portée par un mouvement authentiquement populaire », et ses différents enjeux…

Etat espagnol-Catalogne. Révolution démocratique ou Etat autoritaire

Publié par Alencontre le 8 - novembre - 2017

Par Óscar Simón Bueno

La lutte en faveur de l’autodétermination en Catalogne portée par un mouvement, authentiquement populaire, a mis à l’ordre du jour différents aspects, en particulier depuis le référendum unilatéral du 1er octobre:

• La nature fortement réactionnaire du nationalisme espagnol monarchique.

• L’impossibilité du républicanisme espagnol (à quelques exceptions près) d’engendrer un positionnement politique critique à même de mobiliser une masse de personnes et de les éloigner de l’influence de la droite.

• La nécessité de tout mouvement de rupture démocratique de faire face avec sérieux à la question du pouvoir.

• L’unité de la bourgeoisie en tant que classe en défense du statu quo.

Ces questions ne peuvent être surmontées qu’en mettant en avant la révolution démocratique.

Le pacte qui attribuait à l’Etat espagnol la fonction d’instrument de domination de classe s’affaiblit en raison de la mondialisation

L’Etat espagnol fut la forme politique de l’exploitation économique capitaliste depuis le XIXsiècle. Au travers de ce pacte, les bourgeoisies ont maintenu leur domination et ont obtenu des avantages économiques. La spécialisation territoriale, avec des zones périphériques qui servirent de réservoirs de main-d’œuvre migrante et de matières premières, coexista avec des territoires centraux tels que Madrid, Barcelone, Bilbao qui détenaient le pouvoir administratif, industriel et financier.

La configuration de ce pacte permettait l’exploitation sous le régime du monopole du territoire de l’Etat.

Malgré certains dysfonctionnements, en particulier en raison de la prépondérance de chaque bourgeoisie dans la gestion de l’appareil de l’Etat, le pacte s’est maintenu sous le franquisme et au cours des longues trois décennies qui succédèrent à la dictature. Ce n’est qu’avec le développement de la mondialisation néolibérale que la répartition des rôles est devenue caduque, surtout en ce qui concerne le pouvoir industriel catalan qui ne dispose plus de sa chasse gardée au sein de l’Etat espagnol, en raison de la libre circulation des marchandises.

Face à ce processus, les bourgeoisies de l’Etat comprennent qu’au sein d’un monde globalisé la gestion des infrastructures est essentielle pour attirer des investissements et transformer un espace donné en pôle d’accumulation capitaliste. La lutte pour la gestion aéroportuaire, le transport ferroviaire et les investissements autoroutiers, tout comme la bataille pour le contrôle des secteurs stratégiques s’est clairement déroulée au cours de la première décennie du XXIsiècle. L’agrandissement d’aéroports, comme celui de Prat [Barcelone], de Barajas [Madrid] ou encore d’autres construits sans qu’un avion en décolle, la bulle portuaire ou l’OPA sur Endesa [entreprise productrice d’électricité et de gaz naturel, l’entreprise italienne Enel détient une large majorité d’actions] lancée par Gas Natural [dont le siège est/était à Barcelone], avortée aux cris «plutôt italienne que catalane», illustrent ce processus.

L’idée d’élaborer un nouveau Statut pour la Catalogne [entre 2003 et 2006] constituait une tentative d’actualiser le pacte et – au-delà des compétences qu’il comportait et du fait que le terme «nation» apparaissait dans son préambule – l’aspect central de ce dernier était les investissements en infrastructures en Catalogne, le montant desquels figurait dans une disposition du Statut de 2006. Soit dit en passant, ce dernier n’a pas été rempli par l’Etat, la plupart des années en question, dès qu’il est entré en vigueur [une disposition additionnelle du Statut précisait que «l’investissement de l’Etat en Catalogne en matière d’infrastructures, excepté le Fonds de compensation interterritorial, équivaudra à la participation relative du PIB de Catalogne par rapport au PIB de l’Etat pour une période de sept ans»].

La récolte de signatures lancée par le PP contre le Statut engendrant un anticatalanisme a cependant provoqué un effet contraire en Catalogne. Soit une croissance de ce que l’ancien président de la Generalitat [entre 2006 et 2010, membre du PSC – Parti des socialistes de Catalogne], José Montilla, a appelé «désaffection envers l’Etat espagnol».

La crise économique et les dures politiques antisociales initiées par le gouvernement Zapatero [avril 2004-décembre 2011] et approfondies par le PP ont également mis un terme au mirage de l’alternance politique au niveau de l’Etat. Le fait que le PSOE apparaisse comme une force mettant en œuvre des coupes budgétaires a eu des conséquences graves, dans tout l’Etat, et particulièrement en Catalogne, où l’image du PSC a été clairement endommagée et a marqué le début d’un déclin qui se poursuit aujourd’hui [l’une des expressions de ce déclin a été que plusieurs petites formations se sont détachées du Parti des socialistes de Catalogne ont rejoint en 2015 la coalition Junts pel Si]. C’est-à-dire que les forces politiques qui gouvernent l’Etat se sont retrouvées sans un parti ayant la capacité de remporter des élections en Catalogne.

C’est dans ce contexte que le mouvement en faveur des consultations populaires pour l’indépendance– qui a débuté à Arenys de Munt en 2009: entre 2009 et le printemps 2011, des centaines de consultations se sont déroulées dans des communes de Catalogne; plus de 800’000 personnes y ont voté et elles furent déjà le théâtre d’actions judiciaires menées par l’Etat – s’est étendu à toute la Catalogne. Ceci, conjugué au mouvement du 15M finira par engendrer une progression du niveau de conscience populaire quant à la nécessité d’un «auto-gouvernement» dans tous les sens du terme, y compris sur la question nationale. L’émergence de l’idée d’autodétermination et de défense de l’indépendance face à un Etat qui opprime et exploite a dû dans un premier temps affronter les tentatives de la défunte CiU [coalition conservatrice qui a occupé le gouvernement de la Catalogne entre 1980 et 2003 puis entre 2010 et 2015] de rediriger les revendications populaires en direction d’un accord fiscal [avec l’Etat].

Cet objectif visait à aboutir au même statut que la bourgeoisie basque avait obtenu par le biais du Concierto Económico [série d’accords entre l’administration générale de l’Etat et la communauté autonome basque qui règle les questions fiscales entre les deux entités et donne une large autonomie à cette dernière]. Toutefois, la mobilisation populaire, en particulier à partir du 11 septembre 2012, a fait éclater cette tentative.

La mobilisation sociale pour des conditions d’existence meilleures a convergé avec l’idée d’une rupture avec l’Etat espagnol, transformant l’indépendance en alternative pour des millions de personnes.

Ainsi, de cette manière, CiU – la coalition qui a pu simultanément garantir la stabilité gouvernementale de l’Etat [1] et apparaître comme le garant des revendications catalanes – a pu voir comment le mouvement populaire pour l’indépendance l’empêchait d’être au four et au moulin.

L’Etat espagnol a perdu l’unité des partis bourgeois ou de droite; il est entré en crise profonde. Non pas en raison de la volonté des directions de ces partis, mais parce que la société a bougé en Catalogne et que la seule possibilité de gouverner pour CiU – Convergence et Union: coalition aujourd’hui en pièces – était de s’engager dans le sillage tracé par l’électeur qui de catalaniste était devenu indépendantiste et avait évolué vers des positions plus à gauche. En ce sens, l’idée-force «d’abord l’indépendance, et nous verrons après» allait capter le suffrage qui s’était déplacé de l’autonomisme à l’indépendantisme, tout en évitant que la richesse de propositions de la gauche sociale catalane puisse s’installer au sein du mouvement indépendantiste.

La conséquence la plus claire de cette rupture entre bourgeoisies est la suivante: si l’Etat souhaite conserver sa primauté, il doit battre sévèrement le mouvement catalan et il doit être particulièrement dur avec la droite catalaniste, de telle sorte qu’il puisse gagner le soutien des secteurs économiques qui utilisaient auparavant CiU comme vecteur politique de leurs ambitions économiques. Vaincre et humilier les représentants de la petite et moyenne bourgeoisie – qui aujourd’hui encore soutiennent le processus – est indispensable pour réactualiser le pacte d’Etat, par lequel ces derniers acceptent une gestion centraliste des infrastructures indispensables à la mondialisation. Les multinationales, le pouvoir financier ayant son siège en Catalogne ainsi qu’une bonne partie des organisations patronales se sont positionnées contre la République catalane. En d’autres termes, le nationalisme monarchique espagnol a pu compter sur le soutien de la quasi-totalité de la grande bourgeoisie.

Le républicanisme espagnol, l’incapacité de Podemos et d’IU de faire face à la réaction

Tout au long de la crise économique et du processus d’ajustement structurel néolibéral, la gauche de matrice étatique [active au niveau de l’ensemble de l’Etat espagnol], a été incapable de reconnaître ou de comprendre que la lutte contre le néolibéralisme en Catalogne était associée, pour de larges masses de la population, à la lutte en faveur de la libération nationale, autant en raison de l’existence d’un conflit national que de la férocité néolibérale du PP. Ce dernier n’a pas hésité un seul instant à limiter les avancées obtenues par des luttes sociales en Catalogne comme dans le cas de la Loi d’urgence du logement [2]. Cela ne veut pas dire que le mouvement indépendantiste est strictement indépendantiste, mais que pour un grand nombre de gens que l’indépendance est associée à l’idée d’une société moins injuste et inégalitaire.

Podemos et IU (Izquierda Unida), peu importe les motifs, ont été incapables de placer au cœur de la crise politique de l’Etat l’idée de la République comme mécanisme pour rompre avec le régime de 1978. Leur idée de patriotisme social a échoué, jusqu’à maintenant, parce qu’elle n’est pas parvenue à reposer sur une base matérielle permettant de lutter dans les rues et sur les lieux de travail contre la droite espagnoliste ou, pour reprendre les termes de leur analyse populiste [«de gauche»], parce qu’elle n’a pas rencontré le signifiant à même de construire la chaîne d’équivalence qui fait naître un peuple. Seules les directions de Podemos et d’Izquierda Unida connaissaient les raisons qui font qu’ils n’ont pas opté, jusqu’à maintenant, pour placer la revendication d’une République, fédérale ou confédérale, au cœur de tout cela – évoquant plutôt un incompréhensible Etat plurinational. Il est toutefois connu publiquement que cette indéfinition ne leur a apporté ni des meilleures perspectives électorales, ni une plus grande force dans la rue ni même une capacité discursive pour affronter, jusqu’à maintenant, l’unitarisme monarchique espagnol.

L’incompréhension du rôle que joue la lutte pour la libération des nations opprimées a conduit à confondre l’unité de la population laborieuse avec l’unité sous le drapeau des Etats, une position qui provient de la même erreur que celle qui a conduit les partis [socialistes] de la IIe Internationale à soutenir la Première guerre mondiale. L’ennemi principal des classes populaires de l’Etat espagnol et la classe laborieuse en particulier c’est le système politique, économique et social qui permet leur domination et exploitation. La tâche de toute force qui souhaite contribuer à la libération sociale de ces dernières doit par conséquent tirer profit de toute opportunité permettant d’affaiblir cet Etat. Cela signifie, ici et maintenant, de soutenir, sans douter, la libre détermination de la Catalogne, non pas sur la base de la revendication qui va à contresens d’un référendum d’autodétermination négocié mais plutôt sur la base du soutien inconditionnel, mais critique, au mouvement catalan. En mettant en avant deux objectifs: 1° renforcer la position des gauches en Catalogne, de telle sorte que le processus place au centre les besoins des classes populaires et 2° miner les bases du nationalisme monarchique espagnol qui est l’un des outils fondamentaux qui permet à la droite de diriger de grands secteurs populaires.

Le positionnement des gauches les a conduites à observer de loin le conflit catalan et, en Catalogne, à être incapables (à l’exception du secteur proche d’Albano Dante – le leader de Podem qui vient de démissionner suite aux pressions brutales de la direction Iglesias – et d’Anticapitalistas) de se positionner aux côtés du mouvement populaire favorable à la rupture. Si cela avait été le cas, 78% du parlement catalan aurait été en faveur du référendum et les gauches auraient été en mesure d’agir ensemble dans les rues et sur les lieux de travail. Personne ne peut dire quel aurait été le résultat, mais il est clair que la République proclamée par le Parlament le 27 octobre aurait été bien plus forte.

La révolution démocratique

Arrivé à ce point, il convient de s’interroger sur la manière d’avancer dans cette direction. En Catalogne, cela revient à s’opposer à l’article 155, ce qui se traduit, dans la pratique, par impulser la République et développer le pouvoir constituant.

Nous avons vu comment les organisations patronales, dans leur majorité, ont opté pour un positionnement au côté du nationalisme monarchique espagnol, les banques ont fait de même ainsi que les multinationales dont le siège central est en Catalogne. Ce positionnement détermine que seules les classes populaires et la classe laborieuse peuvent se compter parmi les alliés, disposant d’un pouvoir, de la République. En outre, existe un problème supplémentaire que la défense de la susdite République laisse indifférente à une bonne partie de la population laborieuse, car le programme social du processus a été minimal.

Sur le champ de bataille actuel, il y a le pouvoir politique au niveau de l’Etat, au sein duquel le bloc du PP, du PSOE et de Ciudadanos constitue l’expression politique du nationalisme monarchique espagnol. A cela s’ajoute le pouvoir judiciaire, la police, l’armée, la grande bourgeoisie et leurs médias de communication.

De ce côté on trouve également l’extrême droite. Cette dernière est minoritaire, mais elle nage comme un poisson dans les eaux de la défense de la sacro-sainte unité de l’Espagne. Dans le camp républicain catalan, on trouve les entités souverainistes, les partis politiques qui ont voté pour la République au parlement et les Comités de défense de la République ainsi qu’une partie de la gauche syndicale. Dans le reste de l’Etat, le soutien à la république catalane est apporté par les forces de la gauche abertzale [la gauche «patriotique» basque], les forces souverainistes de Galice ainsi que la gauche syndicale en général, en particulier celle qui est regroupée dans les Marches de la dignité et, de manière plus large, en Euskal Herria [Pays basque] et en Galice où existent des syndicats souverainistes forts. Le principal référent politique pour la gauche sociale, Unidos Podemos, se définit en opposition à l’article 155, mais considère la République catalane illégale, de sorte – à l’exception honorable d’Albano Dante, de Marina Albiol (IU) et du courant Anticapitalistas – que son action politique se réduit, pour l’heure, à la simple rhétorique; la coalition n’est pas même capable, y compris, d’appeler aux rassemblements de soutien au droit à décider.

L’une des priorités est de renverser cette situation, de façon à ce que la gauche qui – il y a à peine deux ans – appelait à rompre avec le régime de 1978 et à détrôner la casta, revienne sur ce chemin ou alors construire un référent qui, lui, puisse résister à la grande pression du nationalisme monarchique espagnol.

Sans une mobilisation dans le reste de l’Etat espagnol, la lutte pour la République catalane sera beaucoup plus difficile. Si, dans la question de la Catalogne, le nationalisme monarchique espagnol parvient à s’imposer, la défaite du PP, de Ciudadanos et du PSOE s’éloigne.

L’élan de la République catalane passe également par la nécessité de faire face à la question du pouvoir de l’Etat espagnol en Catalogne, lequel s’incarne dans l’armée, la police ainsi que dans le monopole de la collecte des impôts principaux.

Le gouvernement catalan des dernières années a fait face à cette question par le biais de l’idée de la création de structures d’Etat parallèle ainsi que par le passage de la loi à la loi [«transition juridique»]. La réalité est que cette démarche n’a pas permis de doter la République d’une force suffisante. Les partis qui se présentent aux élections du 21 décembre dans le camp indépendantiste et souverainiste devront répondre à question de savoir comment s’engager sur cette voie.

Comme il est clair qu’il s’agit de trouver une autre voie, certains parleront d’un référendum négocié des plus improbables. Une fois écartée la voie du type Herrero de Miñón [3], pour aboutir à la convocation d’un référendum d’autodétermination en Catalogne, par le biais des droits des nationalités historiques, il ne reste plus que la réforme constitutionnelle qui ne peut être réalisée qu’avec ¾ des voix au Congrès des députés, suivies par la convocation d’élections, puis par une ratification. Cet enchaînement d’événements est possible, mais hautement improbable, pour ne pas dire plus. Tant qu’Unidos Podemos ne se décide pas clairement de s’opposer au nationalisme monarchique espagnol en défense de la République et de l’autodétermination, un positionnement qui serait plus compréhensible qu’un plurinationalisme abstrait, ce qui permettrait d’offrir une alternative réelle aux millions de personnes qui souffrent du pillage mené par les élites.

En Catalogne, il est nécessaire de bâtir un programme social associé à la mise en place de la République, de sorte que la classe laborieuse et les classes populaires, avec leur méthode de lutte et la position qu’elles occupent dans le système, puissent se transformer en un contre-pouvoir à même d’impulser la République. L’idée «d’abord la République, ensuite on verra» nous empêchera d’atteindre la force sociale nécessaire pour vaincre les pouvoirs de l’Etat. Il nous faut, en outre, construire un horizon de lutte partagé avec le reste des peuples de l’Etat.

Si les différentes gauches sont capables de récupérer l’idée de la «Fédération de républiques ibériques», adaptée à l’actualité, soit des républiques unies sur un pied d’égalité, sur la base de l’indépendance de chacune d’elles, nous pourrons rompre avec l’un des meilleurs outils à disposition des élites pour nous dominer, à savoir le nationalisme monarchique espagnol.

Dans le fond, il n’est pas superflu de se rappeler que la classe laborieuse ne s’est pas unie par les drapeaux des Etats, mais par la lutte contre un ennemi commun: le capitalisme.

D’un autre côté, il faut se demander comment accumuler un pouvoir suffisant pour rompre avec le nationalisme monarchique espagnol et son système de domination politique. C’est-à-dire, sur comment développer les mécanismes pour appliquer le programme évoqué plus haut. En Catalogne, cela passe par une exploration et un approfondissement de la collaboration entre les CDR (les comités de défense de la République), la classe laborieuse organisée et les entités souverainistes présentes lors de la grève du 3 octobre et qui, probablement, s’élargira lors de la grève générale du 8 novembre [cela n’a pas été le cas].

Les CDR ont un rôle central. Ils sont aujourd’hui les organes de pression de la base, avec une capacité de mobilisation [ce 8 novembre, ils ont bloqué des dizaines de routes, autoroutes et voies de chemin de fer dans toute la Catalogne]. En outre, leur coordination – au niveau général et des régions – progresse entre la centaine de comités qui existent. Leur composition est diverse et plurielle, la dynamique repose sur des assemblées et ils sont enracinés dans les localités et les quartiers, ce qui leur permet d’être des espaces de lutte ainsi que de proposition. Par conséquent, ils seront toujours plus fondamentaux pour donner de l’élan à la république et pour établir un processus constituant. (Òscar Simón Bueno est membre du secrétariat national de la CUP et professeur intérimaire. Cet article a été publié le 7 novembre sur le site VientoSur.info, traduction A L’Encontre)

____

[1] C’est-à-dire lorsque les gouvernements du PSOE ou du PP ne disposaient pas d’une majorité. En 1996, CiU a conclu un accord en ce sens avec le PP, dont la section catalane a soutenu entre 1999 et 2003 la coalition gouvernementale au parlement catalan. (Réd. A l’Encontre)

[2] Fin octobre 2017, le Tribunal constitutionnel, saisi par le gouvernement espagnol, a suspendu la Loi catalane de mesures de protection du droit au logement des personnes risquant l’expulsion du logement connue populairement sous le nom de « loi d’urgence du logement». Cette loi avait été adoptée par le Parlament en décembre 2016. Elle établissait un organisme de médiation et permettait l’utilisation temporaire de logements vides possédés par des entités bancaires ou des grands propriétaires de logement. Une disposition supplémentaire visait à établir un «loyer social» permettant aux personnes endettées ou sur le point d’être expulsées. Celle-ci a toutefois été rejetée par Junt pel Si. (Réd. A L’Encontre)

[3] Miguel Herrero de Miñón est un ancien membre du PP (il a démissionné de ce parti en 2004), spécialiste de droit public et l’un desdits «pères de la Constitution de 1978». Il s’oppose à l’ouverture de processus constituant, arguant que l’Espagne a besoin de stabilité et de progrès social, tout en affirmant qu’une évolution de la législation est possible sans modifier la Constitution, en recourant à des lois «infraconstitutionnelles». Il affirme, par exemple, qu’il est possible de modifier la loi électorale sans modifier la Constitution à l’instar d’autres lois importantes. Selon lui. Si la Constitution reconnaissait la «personnalité de la Catalogne, les indépendantistes opteraient pour un nouveau Statut». Voir le long entretien accordé en janvier 2017 au site en ligne elespanol.com. (Réd. A L’Encontre)

 

15 novembre 2017

Libérer Salah Hamouri

salah-hamouri

Un petit mot depuis la prison du Néguev / Salah Hamouri

15 Nov , blog «  Quartier libre.wordpress.com »

J’ai ressenti une étrange sensation, lorsque, le 23 août, aux alentours de 4h30, si je me souviens bien, j’étais tiré de mon sommeil par des bruits sourds. Quelqu’un s’acharnait sur la porte de mon appartement et appuyait nerveusement sur la sonnette à répétition. Je me suis dit que je connaissais ce type de vandalisme mais dans les toutes premières secondes, je pensais qu’il s’agissait d’un rêve. Je vis dans un bâtiment de six étages, à Jérusalem-Est. Chaque étage est composé de deux appartements. Les soldats et leur commandant ne savaient exactement dans quel appartement je vivais, alors, ils ont frappé brutalement à chaque porte. J’ai alors eu une pensée pour mes voisins, tous réveillés en plein nuit par les soldats, terrorisant chaque famille, je pouvais entendre des enfants pleurer.

Les soldats n’ont pas cessé de frapper sur ma porte jusqu’à ce que je finisse par ouvrir, encore engourdit par le sommeil. Le premier soldat que j’ai vu portait une cagoule. Je ne pouvais voir que ses yeux remplis de haine. Il m’a alors hurlé dessus, me demandant ma carte d’identité. Après vérification, les soldats présents ont appelé du renfort, en hurlant qu’ils avaient trouvé la personne qu’ils cherchaient. A la seconde où j’ai compris que la force occupante venait bien pour moi, mon cerveau m’a envoyé un ordre clair : « Une nouvelle bataille commence là pour toi, cet ennemi ne doit pas te vaincre une seule seconde ». Ils m’ont forcé à m’asseoir sur une chaise et trois soldats m’entouraient, leurs armes pointées sur moi. Pendant ce temps-là, leurs collègues ont fouillé tout l’appartement, bouleversant les meubles, les livres, les vêtements… Je les sentais fébriles, ils s’énervaient, ils ne trouvaient rien de ce qu’ils cherchaient dans cet appartement. Le commandant a fini par donner l’ordre de repli. Ils m’ont alors ordonné de m’habiller pour partir avec eux. En marchant vers la porte d’entrée de mon appartement, avant d’en sortir pour une durée qui m’était inconnue, je fixais la photo de mon fils accrochée au mur. Dans son regard, j’ai puisé de la force pour affronter les durs moments qui m’attendaient. Je l’imaginais me dire « Papa, sois fort, on sera vite réunis tous les trois ». Je lui promettais alors de rester fort et de ne jamais donner l’occasion à cette occupation de nous confisquer notre humanité et de détruire notre vie comme elle s’acharne à le faire. Ils me bandèrent ensuite les yeux et me conduisaient dans une voiture blindée. La marche vers ce nouveau destin commençait. Une marche pénible vers un monde que je ne connais que trop bien. Un monde dans lequel nous devons rester forts, humains et garder notre sourire en toute circonstance. Une nouvelle fois, je suis conduit dans ce véhicule blindé vers l’endroit le plus sombre et le plus misérable pour un être humain : une prison de l’occupant.

En arrivant dans la prison du Neguev, après deux semaines passées dans le centre d’interrogatoire, tout me semblait tristement familier. Je suis rentré dans la section 24, j’ai vite reconnu les visages que j’avais quittés il y a quelques années. Je n’ai pas su quoi leur dire, j’étais soudainement impressionné de les retrouver ici. Parmi eux, certains sont derrière les barreaux depuis plus de quinze ans. Ils me questionnaient et je ne savais pas quoi leur répondre. « Qu’est ce qui est arrivé, pourquoi es-tu là ? ». Je n’avais pas les réponses à leurs questions. Pas plus que je n’arrivais à leur parler de l’extérieur, eux, qui sont là depuis tant d’années. Que faisons-nous pour eux, pendant qu’ils paient le prix de leur lutte ? En les retrouvant, je me demandais si j’avais assez agi pour parler d’eux à l’extérieur. On a ensuite énormément discuté. Un détenu m’a dit « Ah tu es de retour, on va parler de nous en France alors ! ». J’ai réalisé alors que malgré ma nouvelle privation de liberté, je n’avais aucun doute sur le fait que la mobilisation allait se mettre en place en France, c’est un véritable espoir pour moi et pour eux. J’ai pensé à toutes les personnes qui avaient déjà lutté pendant ma première incarcération et depuis, toutes celles et ceux que j’ai rencontrés en France et en Palestine. Aucun doute qu’ils seraient tous à nouveau au rendez-vous pour dénoncer l’injustice qui nous frappe.

Et des éléments que je reçois par fragments, je sais que vous êtes même plus nombreux que la dernière fois ! Des personnalités que j’apprécie, des élu-e-s, des citoyen-ne-s en nombre plus nombreux encore vous vous êtes mobilisés pour dénoncer l’injustice, l’arbitraire et pour exiger ma libération.

Je vous en remercie très sincèrement. Je veux vous dire aussi que je serai digne du soutien que vous m’accordez. On ne marchande pas la liberté même si on la paie parfois très chère. Ce n’est pas une question d’entêtement mais de dignité et de principe : pour la liberté je ne lâcherai rien. Le peuple palestinien, comme tous les autres, ne veut pas vivre à genoux. Et quelle force cela nous procure que de savoir que, vous aussi, vous n’avez pas l’intention de lâcher. Cela, l’occupant ne le mesure pas. Moi je le ressens au fond de moi. Et c’est pourquoi même quand il pleut je pense au soleil qui vient…

Salah Hamouri, novembre 2017

9 novembre 2017

Le Hirak de la soif

Maroc le Hirak continue

A Zagora, au sud du Maroc, "les manifestants de la soif" rejoignent les luttes du Rif. Voilà encore une région marginalisée, qui souffre du manque des ressources élémentaires pour une vie digne : eau, électricité, santé, enseignement, travail etc.

Face à ces manifestations et à ses revendications, le pouvoir répond par les arrestations et la répression: à Zagora plus de 20 manifestants, agés de 19 à 24 ans ont été arrêtés et traduits devant la justice. 8 ont été comdamnés à des peines de 2 à 4 mois fermes avec des amandes lourdes (1000 dh, 100 euros) pour des jeunes en général étudiants ou chomeurs...

A El Hoceima, nord du Maroc, plus d'une dizaine de miltants arrêtés après les manifestations qu'a vécues cette région, ont été condamnés à des peines de 1 à 20 de prisons fermes...

A la chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca, le bras de fer continue entre les détenus du Hirak et le procureur du roi à la Cour. En effet, " ce dernier a " indiqué  qu’un des accusés a été expulsé de la salle  pour avoir pris la parole sans autorisation. Selon le360.ma, il s'agit de Nasser Zafzafi, qui aurait scandé des slogans  sans demander à prendre la parole. Dans la foulée, de son expulsion, d'autres accusés auraient demandé à quitter la salle d'audience." (Telquel du 8 novembre)

Le texte suivant, publié dans le site " A l'encontre ", présente la situation de Zagora et les manifestations de la soif :

 Maroc. Au sud, le «Hirak de la soif», les condamnations pleuvent

 Publié par Alencontre le 31 - octobre - 2017

Aux portes du désert, à Zagora, des familles entières restent plusieurs jours sans eau du robinet depuis le début de l’été et fustigent la culture de la pastèque.

On les appelle les «manifestations de la soif»: dans le sud du Maroc, des habitants protestent régulièrement contre les coupures d’eau récurrentes. A Rabat, la question a été érigée en priorité et le roi s’est lui-même inquiété de la «sécurité hydrique» du pays. «Vivre sans eau est un enfer!», souffle Atmane Rizkou, président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à Zagora, la principale ville du sud marocain frappée par cette «crise de l’eau». «La situation est critique, c’est une souffrance quotidienne pour les habitants», s’indigne également Jamal Akchbabe, président de l’Association des amis de l’environnement de Zagora, joint par téléphone.

Située aux portes du désert, Zagora, localité de plus de 30 000 habitants, se trouve à près de 700 km de Rabat, par-delà les massifs de l’Atlas. Depuis le début de l’été, «des familles restent plusieurs jours sans eau du robinet, d’autres n’y ont droit que quelques heures par jour», affirme M. Akchbabe. «Cette eau est en plus imbuvable, [à cause de sa salinité] alors les gens achètent de l’eau potable vendue dans des bidons», ajoute-t-il.

«Répression, insultes, humiliation»

Pour se faire entendre, les habitants de Zagora ont organisé ces derniers mois plusieurs manifestations pacifiques, d’abord tolérées par les autorités. Mais, le 24 septembre, les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser une marche et ont interpellé sept personnes, poursuivies pour «participation à une manifestation non autorisée», indique le responsable local de l’AMDH.

Comme pour la manifestation du 24 septembre, le 8 octobre les femmes étaient aux premières loges. Munies de bidons vides, elles ont crié leur colère en tant que mères de famille. Parmi ces protestataires se trouvaient plusieurs habitantes du quartier des «Widadiyate» (Amicales), quatre lotissements construits au début des années 1990 et qui ne sont pas encore reliés aux réseaux d’électricité et d’eau potable. Ces quatre lotissements abritent selon nos sources plus de 450 familles formant une véritable mini-cité surnommée «El Hay Al 3atchane» (Le quartier assoiffé).

De temps à autre revenaient les mêmes slogans scandés dans le Rif et surtout le célèbre «Liberté, Dignité, Justice sociale». D’autres slogans attaquaient frontalement le gouverneur de la ville Abdelghani Samoudi, un commis de l’Etat qui a longtemps servi à Zagora et que la population accuse d’ignorer ses problèmes.

Le 8 octobre, la police a «quadrillé la ville et utilisé la force», interpellant 21 personnes, poursuivies pour les mêmes chefs d’accusation, alors que «des heurts ont opposé des jeunes manifestants aux policiers», selon Jamal Akchbabe. «Les manifestants ont subi la répression, les insultes, l’humiliation. La ville est en état de siège», fustige-t-il.

A l’origine de cette pénurie, un déficit pluviométrique combiné à la surexploitation des nappes phréatiques par l’agriculture, principalement «la culture de la pastèque qui consomme énormément d’eau», affirme M. Akchbabe. Les protestataires accusent le ministère de l’agriculture d’avoir encouragé cette culture qui «profite aux grands agriculteurs au détriment des habitants».

L’Office national de l’eau potable (ONEP) est également critiqué pour sa «passivité» dans la gestion de la crise. «Zagora n’est pas la seule région à pâtir du manque d’eau», prévient Abdelmalek Ihazrir, universitaire et auteur d’une thèse sur la politique hydraulique marocaine. «C’est le cas aussi pour le Moyen-Atlas, Rhamna, le Rif (…), la raréfaction des pluies pousse à une surexploitation des nappes phréatiques dans tout le pays», dit-il. «Il faut une nouvelle politique plus rationnelle et des méthodes alternatives», préconise cet expert.

Région vulnérable

Du côté de l’exécutif, les réunions s’enchaînent pour trouver des solutions. Fin septembre, le chef du gouvernement Saad-Eddine Al-Othmani a promis des «mesures d’urgence et d’ordre stratégique». Quelques jours plus tard, le roi Mohammed VI a ordonné de mettre en place une «commission qui se penchera sur ce sujet pour trouver des solutions adéquates dans les prochains mois».

Pour l’Etat, l’enjeu est aussi vraisemblablement de ne pas devoir gérer un autre Hirak, nom donné localement au mouvement de contestation né il y a un an à Al-Hoceima pour réclamer le développement du Rif, au nord du pays, et qui est dans tous les esprits.

Les condamnations infligées le 31 octobre…

Le tribunal de première instance de Zagora a condamné très tôt ce matin huit manifestants du «Hirak de la soif» à des peines allant de deux à quatre mois de prison ferme selon des responsables de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) cités par la presse.

Trois d’entre eux ont écopé de quatre mois, deux autres de trois mois et trois autres de deux mois de prison ferme, d’après leur défense.

En tout 23 personnes avaient été interpellées le 8 octobre à Zagora pour avoir «porté atteinte à des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, dégradations de biens publics et participation à une manifestation non autorisée». (AFP du 13 octobre 2017, TelQuel du 9 octobre et LeDesk.ma du 31 octobre 2017)

 

 

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