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Le Hirak /Mouvement
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28 janvier 2018

Jerada le hirak continue

Totale solidarité avec Jerada, une ville mobilisée contre la misère et la marginalisation

Publié le 27 janvier 2018 | https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2018/01/27/totale-solidarite-avec-jerada-une-ville-mobilisee-contre-la-misere-et-la-marginalisation/

A Jerada, ville minière de l’Est du Maroc, le 22 décembre 2017, les frères Huocine et Jedouane Dioui, ont trouvé la mort dans un puits de charbon. Les secours ne sont pas arrivés en temps opportun et c’est grâce à l’intervention de la population que d’autres ont pu en réchapper.

Cet accident est venu mettre en lumière une fois de plus – car ce n’est pas la première fois que des mineurs périssent dans des trous de mines artisanaux qui manquent de toute infrastructure de sécurité et de protection – les conditions précaires dans lesquels les mineurs extraient le charbon depuis que la société de charbonnage a fermé en 1998. C’est d’ailleurs une ville où existaient jusqu’à la fin des années 1990 de fortes traditions syndicales.

La population, fortement affectée depuis cette époque par le chômage et déjà remontée contre la hausse récente des montants des factures d’eau et d’électricité, ainsi que contre l’abandon des anciens mineurs souffrant de silicose, s’est immédiatement mobilisée. Elle a empêché que les autorités procèdent à l’enterrement à la va-vite des deux corps et exprime son exaspération devant l’absence de politiques publiques de reconversion de l’activité économique de la ville par des mobilisations qui se succèdent depuis la date du 22 décembre 2017.

Les forces de répression ont tenté dans un premier temps d’éteindre le mouvement par la matraque, mais elles ont reculé, craignant que ne se cristallise à Jerada un nouveau « hirak » (mouvement), à l’image de celui qui prévaut à Al Hoceima, dans le Rif, depuis maintenant 14 mois, sans que l’état de siège ni les arrestations et condamnations par centaines ne parviennent à l’éteindre. Les manifestants de Jerada ont d’ailleurs mis la revendication de la libération des prisonniers du Rif en tête du cahier revendicatif qu’ils ont élaboré depuis le début de cette mobilisation qui ne faiblit pas, plus de 15 jours maintenant après l’accident. Le vendredi 29 décembre une grève générale a paralysé cette ville de plus de 40 000 habitants, les commerçants ont baissé leurs rideaux et des milliers de manifestants sont sortis dans les rues, tandis que les habitants de villages voisins se joignaient à la mobilisation, marquant ainsi une extension du mouvement.

Le gouvernement a alors dépêché une délégation ministérielle, avec à sa tête le Ministre de l’énergie et des mines, afin de tenter de désamorcer le mouvement en lui proposant de vagues promesses. Mais cela n’a pas suffi à calmer les manifestants.

Ce dimanche 7 janvier 2018, malgré le froid et la pluie, des milliers de manifestants ont à nouveau envahi les rues, organisant un bruyant concert de casseroles. Une façon d’avertir les autorités qu’ils ne se contenteront pas de vagues promesses, mais exigent des propositions concrètes, dûment actées dans des PV. Aux revendications concernant l’emploi, la baisse des tarifs d’eau et d’électricité, le renforcement des infrastructures sanitaires et médicales, s’ajoute maintenant la revendication de transparence et du principe de reddition des comptes, et une remise en cause du modèle économique en vigueur au profit d’un modèle alternatif à élaborer avec les habitants.

On voit donc qu’au-delà de l’émotion provoquée par la mort de deux jeunes mineurs, c’est un processus en profondeur qui est en train de se mettre en route à Jerada, profondément inspiré par le Hirak du Rif, mais trouvant ses propres formes de lutte, d’organisation, ses propres slogans et ses propres revendications.

Après la mort du poissonnier d’Al Hoceima, le drame des femmes mortes piétinées, dans la province d’Essaouira, lors d’une distribution de paniers de nourriture, les mobilisations de Zagora, ville restée sans eau du fait de l’accaparement des terres et de l’eau par les centrales solaires, le business touristique et l’agrobusiness, c’est maintenant au tour de Jerada de se soulever. Les manifestants ont appelé leur mouvement « Hirak », reprenant le terme utilisé à Al Hoceima, montrant par là   la continuité des luttes qui éclatent dans différentes régions du Maroc.

Alors qu’une poignée de Marocains concentrent en leurs mains les richesses du pays, qu’un paradis fiscal s’est installé au cœur de Casablanca et que les investisseurs marocains partent à l’assaut du continent africain, à la recherche de nouvelles niches de profit, la population marocaine marginalisée et paupérisée,  exprime maintenant au grand jour ses souffrances et son exaspération. Et indique clairement aux autorités qu’elle ne se contentera plus de promesses et de mesures cosmétiques. Les problèmes sont structurels et seuls des changements structurels peuvent permettre de répondre aux aspirations du peuple.

Nora Al Manzal

http://attacmaroc.org/fr/2018/01/11/totale-solidarite-avec-jerada-une-ville-mobilisee-contre-la-misere-et-la-marginalisation/

Maroc : manifestations à Jerada après de nouveaux décès dans les "mines de la mort"

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1 janvier 2018

Le hirak du charbon

maroc jrada

Maroc. «Le hirak» du charbon?

Publié par Alencontre le 26 - décembre - 2017

Par rédaction

Lundi 25 décembre 2017, pour la deuxième journée d’affilée, plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées pour dénoncer «l’abandon» de la ville et «les conditions de vie difficiles» de ses habitants, a indiqué à l’AFP Said Zeroual, un responsable local de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Les manifestants ont notamment dénoncé «l’injustice» et la «marginalisation» de cette localité située à une soixantaine de kilomètres d’Oujda (nord-est du Maroc, à proximité de la frontière algérienne).

Agés de 23 et 30 ans, deux frères sont morts vendredi 22 décembre en effectuant des prélèvements dans les galeries clandestines d’une mine de charbon désaffectée. Leurs corps ont été extraits samedi. Ces décès ont suscité colère et émoi au sein de la population locale et cette ville de quelques dizaines de milliers d’habitants est depuis en «effervescence».

Les deux mineurs ont été enterrés en début d’après-midi, en présence de plusieurs centaines d’habitants, tandis qu’un important dispositif sécuritaire était déployé devant le cimetière Achouhada.

La ville de Jerada est connue pour avoir longtemps abrité une importante mine de charbon, où travaillaient encore quelque 9000 ouvriers au moment de l’annonce de sa fermeture à la fin des années 1990.

L’activité minière constituait alors la principale ressource des habitants, dont le nombre est passé depuis cette date de 60’000 à moins de 45’000. «Chaque année, deux à trois hommes meurent en silence dans les mêmes conditions. Faute d’alternatives économiques, des jeunes souvent diplômés sont contraints de creuser des mines clandestines, parfois jusqu’à 100 mètres de profondeur, en vue d’extraire le charbon et de le vendre à certaines personnes à Jerada ayant des permis de commercialisation du produit», explique un acteur associatif local.

Selon des données du Haut-Commissariat au plan (HCP), l’organisme statistique marocain, Jerada est l’une des communes les plus pauvres du Maroc. Des «projets économiques» avaient été envisagés par l’Etat après la fermeture de la mine. Depuis la fermeture officielle de la mine «l’extraction du produit s’est opérée de manière clandestine, quoique au vu et au su des autorités.»

Mais «les alternatives n’étaient pas suffisantes (…), la ville n’a pas d’autres ressources, il n’y a pas d’emplois, pas d’usines. Les gens vivent dans la précarité», explique M. Zeroual.

Selon le site Yabiladi (24 décembre 2017), Mohammed Jaabouk, indique que le décès des deux frères :« a relancé de nouveau la contestation sociale. Il y a une dizaine de jours, Jerada a connu des manifestations plutôt modestes contre la hausse des factures d’eau et d’électricité. Mais cette fois, la colère de la population est montée d’un cran, en témoigne le cordon humanitaire mis en place, dans la nuit du samedi à dimanche, par de nombreuses personnes autour du cimetière de la ville afin d’empêcher les autorités locales d’inhumer discrètement les deux dépouilles.» La famille «réclame au préalable d’élucider les circonstances du décès et demande une réparation».

La protestation du dimanche 24 décembre a connu une forte participation. «La police n’est pas intervenue pour disperser les manifestants. Mais les renforts sont déjà présents dans les casernes et stationnées dans les entrées de la ville», confie Said Al Manajami, membre d’une association. Il ajoute: « Pour l’instant, la colère des habitants est «spontanée, aucune force politique ou syndicale n’en est l’instigatrice. Les habitants réclament seulement des projets de développement».

La population refuse une inhumation «clandestine»

Mohammed Jaabouk, sur le site Yabiladi, en date du 25 décembre 2017, précise que l’inhumation des deux frères a révélé la colère sociale de la population: «Les manifestants ont refusé que des représentants des autorités locales et les forces de sécurité organisent les funérailles, bloquant le passage aux ambulances portant les deux corps depuis la morgue vers le cimetière.»

Il ajoute:« L’affrontement était imminent, avant que les forces de l’ordre ne se retirent et laissent aux habitants le soin d’inhumer les deux frères. Une fois l’opération accomplie, commence alors une marche en direction de la préfecture. Celle-ci s’est tenue sans heurts et n’a connu aucune intervention policière.

Ce calme contraste considérablement avec le recours à la force, dans la nuit du dimanche à lundi. Des éléments de la police ont en effet dispersé le sit-in observé par des jeunes devant le cimetière pour empêcher l’enterrement clandestin des deux victimes et procéder à leur détention pendant quelques heures».

Les autorités se sont mobilisées, craignant une extension du mouvement, mais le type de représentation des habitants reste en suspens. (26 décembre 2017)

 

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